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A Semantic Desublimation of Donald Trump’s Handshake

(To be read at full speed, with frequent sniffings and a thick Žižek accent).
 
There’s something quasi-paranoid about the fascination of contemporary commentators with Trump’s hands, handshakes, hand gestures, and so on. Donald-Trump-the-Candidate, comes supplemented with a label of “short-fingered vulgarian” and a complete set of jokes equating small hands and assumed sexual inadequacies. Thus media interpret every mannerism as a way to overcompensate this Lacanian “objet petit p”. For instance, Trump’s supposedly inextricable alpha-male-ish 19-second-long handshake, to which Japan’s Shinzo Abe succumbs, postulates the opposite of a “small object”:

 

Furthermore, the handshake is often tantamount to a feudal “immixtio manuum” as a sign of submission of the Other, like in the commendation ceremony of Supreme Court’s judge Neil Gorsuch:

 

But also, the hand can become a Deleuzian apparatus of capture, establishing a tie of protection and rent-seeking with a vassal state. This is what happened with the hand-holding routine performed with/upon UK’s Theresa May:

 

Media themselves build up the myth of Trump’s omnipotent handshake, because that allows for recurring “[random nation’s leader] is the only one who was able to beat Trump” news stories. Case in point: Canada’s Trudeau.

 

Despite the alleged uniqueness of the occurrence, this kind of news is the gift that keeps on giving. With infinite variations, like “[X won against Trump’s handshake] because bullying is no match for intelligence”, staging the comforting narrative of Reason triumphing over Brute Force–or rather the trite Nietzschean interplay of the Apollonian and Dionysian. France’s Macron is exemplary of this stance:

 

But, as we established, the story perpetuates itself, obsessively, repetitively, hauntingly. Another variation: “Who’s the biggest, baddest strongman? [X] is”. Ask Tajikistan’s president Emomalii Rahmon:

 

And, sometimes, this obsession can turn into desire—when the touch of the hand is actively requested, longed for and infinitely denied, like with Germany’s Merkel:

 

Or, like in a distorting mirror, desire can manifest itself as a thwarted compulsion, as a Sisyphean struggle that turns the handshake into a fetishistic quest for human and spiritual junction. Like Melania’s hand-swat…

..or like the spoof video of the Pope rebuffing Trump’s hand.

 

Hegel remarks somewhere that all great world-historic facts repeat, so to speak, twice. He forgot to add: the first time as family drama, the second time as sitcom.

[Séminaire #ecnEHESS] Explorer la valeur de nos données avec S. Chignard et L.-D. Benyayer (15 mai 2017, 17h)

Enseignement ouvert aux auditeurs libres. Pour s’inscrire, merci de renseigner le formulaire.

Pour l’avant-dernière séance de notre séminaire Etudier les cultures du numérique nous accueillons Louis-David Benyayer (Without Model) et Simon Chignard (Etalab) pour parler de leur livre Datanomics (Fyp Editions, 2015) et questionner les modèles d’affaires des données personnelles.

Le séminaire aura lieu le lundi 15 mai 2017, de 17h à 20h à l’EHESS, Salle Lombard, 96 bd. Raspail, 6e arr. Paris.

Datanomics: explorer la valeur des données

Le paysage des données connaît aujourd’hui plusieurs transformations majeures. La première concerne la façon dont nous produisons et collectons aujourd’hui des données. Ce phénomène (big data) n’est pas qu’une affaire de volume : il change fondamentalement la nature même des données qui peuvent être mobilisées. La deuxième est liée aux fondements de la valeur : la rareté a cédé la place à l’abondance. Les données ne valent pas tant pour ce qu’elles sont, mais plutôt pour ce qu’elles permettent de faire et pour les positions stratégiques auxquelles elles donnent accès. La troisième transformation est liée à l’émergence d’une économie de la donnée selon trois facettes : la matière première, le levier et l’actif stratégique. Bien plus qu’un bien qui se vend et s’achète, la donnée est un outil puissant pour décider, agir et produire autrement, mais aussi pour prendre place au sein d’un écosystème. A l’occasion de cette session, nous explorerons les différentes facettes de la valeur des données, ainsi que les impacts pour les organisations (publiques et privées), la société et les individus. Nous mettrons en avant l’expérimentation comme principal moyen d’exploration et de révélation de la valeur des données.

Recension de “Qu’est-ce que le digital labor ?” (ALCOR, 20 avril 2017)

Le site de l’association ALCOR (ALternative COnsumption Research),  réseau de chercheurs engagés dans l’analyse de formes alternatives de consommation, accueille un long compte-rendu de mon ouvrage “Qu’est-ce que le digital labor ?”, signée par Jean-Philippe Nau (Université de Lorraine).

Au final cet ouvrage concis et dense permet de confronter les approches sociologiques de deux spécialistes de la participation sur internet. Il aide ainsi à comprendre et mettre en perspectives les pratiques, ainsi qu’à penser les enjeux économiques et politiques liés à cette question. Ce livre est donc à recommander chaudement à ceux qui s’intéressent au développement de la participation et de la co-création de valeur sur internet.

[Vidéo] Digital labor : le syndicalisme qui vient (29 mars 2017)

Le 29 mars 2017, j’étais l’invité du syndicat Ugict-CGT pour une soirée débat autour de la thématique de l’uberisation, et plus largement de la transformation numérique qui impacte le travail et le syndicalisme. L’intervention a été diffusée en direct vidéo sur Facebook et est disponible ici en replay.

 

Les inquiétudes actuelles face aux vagues d'”ubérisation” et d’automatisation qui touchent le système productif international poussent à interroger les formes traditionnelles du syndicalisme et du dialogue social.

Les analyses actuelles font souvent l’impasse sur les spécificités du travail à l’heure des plateforme. Ce dernier n’est pas seulement caractérisé par la précarisation des travailleurs “à la demande”, mais par la tâcheronnisation et de dataïfication de tous les métiers.

Dans la mesure où tout travail se transforme en “digital labor”, les emplois sont menacés par deux forces complémentaires et, jusqu’à maintenant, peu reconnues.

D’une part, on assiste à l’émergence d’énormes marchés du *micro-travail* sur internet, strictement liés aux intérêts des entreprises nationales, qui délocalisent de manière sournoise un nombre croissant d’activités.

De l’autre, les entreprises se plateformisent en assumant la forme d’écosystèmes où tous les acteurs sont transformés en producteurs : les clients, les consommateurs finaux, les foules anonymes.

Face à cette décomposition numérique de la force de travail, des nouvelles conflictualités se manifestent. Au niveau international, un syndicalisme de nouvelle génération fait surface, orienté vers la mise en place d’alternatives au capitalisme des plateformes : du “platform cooperativism”, au communs, au fairwork.

 

Marché du travail : entre automation et modèles pré-capitalistes (Alternatives Economiques, 28 mars 2017)

Dans le magazine Alternatives Economiques, Franck Aggeri, professeur de management à Mines ParisTech, fournit une analyse en quatre temps de la question du travail à l’heure des plateformes numériques, à partir d’un compte-rendu d’un de mes séminaires portant sur les liens entre digital labor et automation.

4 idées reçues sur le travail à l’heure des plates-formes numériques

Le  développement fulgurant des plates-formes numériques ne va pas sans  susciter des craintes ou des espoirs que symbolise Uber, entreprise  érigée tantôt en modèle, tantôt en bouc émissaire. L’un des sujets les  plus discutés porte sur les conséquences de ces plates-formes sur le  travail : comment modifient-elles les formes de travail ? En quoi  remplacent-elles du travail salarié par du travail indépendant ? En quoi  contribuent-elles à saper les fondements de notre modèle social et de  notre droit du travail ? Des emplois sont-ils menacés par le travail des  algorithmes ?
Le problème est que l’impact des plates-formes sur  le travail suscite davantage de fantasmes et de conjectures que  d’analyses solides fondées sur des études empiriques. C’est précisément  l’objet du dernier numéro du Libellio d’Aegis,  revue scientifique en ligne, que d’éclairer à partir d’analyses  distanciées et informées les transformations du travail occasionnées par  l’irruption des plates-formes. On y trouve en particulier deux  contributions remarquables d’Aurélien Acquier, professeur de management à  l’ESCP-Europe, et d’Antonio Casilli, sociologue à Telecom ParisTech, et  auteur avec Dominique Cardon d’un livre remarqué sur le digital labor1.
Idée reçue n°1 : une menace pour l’emploi
Première  idée reçue : la révolution numérique menacerait l’emploi. Antonio  Casilli rappelle justement que la question de l’impact des nouvelles  technologies, et notamment du machinisme, est aussi ancienne que la  révolution industrielle. Dès le début du XIXème siècle, certains  économistes comme Thomas Mortimer ou David Ricardo s’inquiètent déjà de  la substitution massive du travail humain par des machines. Cette  crainte s’est avérée infondée car ils ont sous-estimé les potentialités  nouvelles ouvertes par les révolutions techniques qui ont certes détruit  certains emplois mais ont contribué à en créer d’autres dans de  nouveaux secteurs.
Au XIXème siècle, Thomas Mortimer ou David Ricardo  s’inquiétaient déjà de la substitution massive du travail humain par des  machines

A cet égard, le rapport controversé de  Frey et Osborne de l’université d’Oxford paru en 2013 sur  l’impact de l’économie numérique sur l’emploi ne fait que reproduire  les biais d’analyse de leurs illustres aînés. Ainsi, ils prédisent que  47% des emplois sont menacés par la révolution digitale d’ici à 2050 à  partir d’une recension de l’impact de ces technologies sur les métiers  existants sans tenir compte des créations d’emploi associées aux  nouveaux métiers que cette révolution numérique pourrait occasionner.
Idée reçue n°2 : des plates-formes peu intensives en travail
Seconde  idée reçue : ces plates-formes seraient peu intensives en travail.  Antonio Casilli indique que loin de l’imagerie d’un monde gouverné par  les algorithmes, ces plates-formes sont intensives en travail, mais  selon des modalités inhabituelles et largement invisibles du grand  public. Il a notamment le grand mérite de pointer du doigt une première  modalité qui constitue une face cachée de cette économie de  plate-forme : l’exploitation d’un lumpen proletariat en charge  de réaliser un ensemble de micro-tâches visant à compléter, améliorer ou  pallier les défaillances des algorithmes. Cela recouvre une variété de  petites tâches comme transcrire un ticket de caisse, écouter de la  musique et la classer, labelliser des images, identifier des messages ou  des sites douteux, etc. En échange, ces travailleurs perçoivent des  micro-rémunérations qui, à la fin du mois, peuvent aller de quelques  dollars à une centaine.
Quand un internaute reconnaît une image ou retranscrit une phrase, il travaille pour Google

L’autre modalité, également méconnue,  est le travail réalisé par les utilisateurs eux-mêmes. Cette idée que  les clients participent à la co-construction de l’offre n’est pas propre  à l’économie numérique mais elle atteint, dans ce cas, une ampleur sans  précédent. Par exemple, quand un internaute améliore une traduction  proposée, quand il traduit un bout de texte, reconnaît une image ou  retranscrit une phrase, il travaille pour Google. Ainsi, les clients  participent activement sans le savoir à l’activité de ces plates-formes.  Ils contribuent également à les enrichir puisque les clics et les likes  sont vendus à des entreprises commerciales qui sont prêtes à payer cher  pour mieux connaître les besoins et les goûts de clients potentiels.
Idée reçue n°3 : un modèle d’organisation du travail inédit
Troisième  idée reçue : les plates-formes constitueraient un modèle d’organisation  du travail inédit. Aurélien Acquier explique comment le modèle  d’intermédiation des plates-formes transactionnelles ressemble à s’y  méprendre au modèle pré-capitaliste du domestic system dans  lequel des agriculteurs réalisaient une activité ouvrière domestique  (comme coudre, tisser, filer ou tricoter) pour le compte de négociants  en échange d’une rémunération à la pièce ou à la tâche. Ces paysans  réalisaient cette activité avec leurs propres outils. Ils étaient donc  les détenteurs du capital. Comme dans le modèle du domestic system,  les plates-formes ne sont pas propriétaires des actifs (les véhicules  pour Uber, les appartements ou maisons pour AirBnB) ; elles ne gèrent  pas un espace de travail spécifique ; les travailleurs sont  contractuellement indépendants de l’apporteur d’affaires ; les activités  constituent souvent un appoint par rapport à une autre activité  principale.
Les produits et services issus de la vieille économie n’ont pas disparu

Cette forme organisationnelle revient au  premier plan parce que les technologies de l’information facilitent  l’accès à l’information et permettent son contrôle et qu’elles réduisent  les coûts de transaction. Les entreprises y ont recours parce qu’elles  leur permettent d’externaliser les coûts salariaux et les risques de  licenciement, et qu’elles sont peu intensives en capital. Il faut  cependant relativiser leur domaine d’extension. Les produits et services  issus de la vieille économie n’ont pas disparu. Bien au contraire, il  faut bien des contenus à vendre. Par exemple, le numérique n’a pas  remplacé le travail du journaliste ou celui du musicien, il a modifié  les supports pour qu’ils puissent circuler sur ces plates-formes,  fragilisant, il est vrai, les modèles d’affaire des entreprises qui  commercialisaient les anciens types de support (la presse papier ou les  maisons de disque). Pour produire ces contenus, et notamment ceux qui  réclament de l’innovation, il faut toujours des entreprises pour les  concevoir et les produire et organiser les activités y concourant.
Idée reçue n°4 : le travail salarié fragilisé
Quatrième  idée reçue : les plates-formes conduiraient à fragiliser le travail  salarié. Un tel risque existe mais les événements récents soulignent la  fragilité du modèle du travail indépendant associé au développement de  ses plates-formes. Comme le rappelle les procès en France ou aux  Etats-Unis auxquels Uber est confronté, l’entreprise, comme d’autres,  est menacée de voir le contrat commercial qui l’unit aux chauffeurs  considéré comme une forme déguisée de salariat et requalifié comme  contrat de travail.
La démonstration d’un lien de subordination entre une  plate-forme et ceux qui travaillent pour elle dépend du degré de  prescription des tâches

Sur le plan juridique, cette relation  dépend de la capacité à démontrer l’existence d’un lien de  subordination. S’il y a subordination, alors il faut requalifier les  chauffeurs indépendants en salariés, ce qui mettrait en péril le modèle  d’affaire d’Uber qui tire son avantage du fait que l’entreprise  n’endosse pas les mêmes coûts et contraintes que les compagnies de taxis  traditionnelles. Sur un plan technique, la démonstration d’un lien de  subordination éventuel dépend du degré de prescription des tâches,  explique Aurélien Acquier. Jusqu’où Uber prescrit-il aux chauffeurs le  contenu de leurs activités ? Quelle est leur marge de liberté  réelle dans le choix des clients, des trajets ou de la tarification,  etc. ? Si le juge peut établir qu’existe un degré de prescription élevé,  il est probable qu’il estime que le lien de subordination est effectif.  Aurélien Acquier souligne cependant que le degré de prescription est  variable d’une plate-forme à l’autre et qu’il faut éviter toute  généralisation hâtive. Si certaines d’entre elles, à l’instar d’Uber,  encadrent fortement l’activité de leurs chauffeurs, d’autres, comme  Leboncoin par exemple, ne prescrivent pas la nature des relations entre  les utilisateurs de la plate-forme.
Ces analyses sont utiles car  elles nous aident à mieux comprendre le fonctionnement réel des  plates-formes, les enjeux qu’elles soulèvent et les points de vigilance  sur lesquels il est urgent d’enquêter pour éventuellement mieux les  encadrer et les réguler. Elles montrent également que la grande  entreprise et le salariat ne constituent pas des référents adéquats pour  penser le travail sur ces plates-formes, et qu’à l’inverse, d’autres  modèles d’organisation plus anciens, comme le domestic system, peuvent nous aider à mieux éclairer leur fonctionnement et leurs effets concrets.

[Séminaire #ecnEHESS] Mary L. Gray “Amazon MTurk: les coulisses de l’intelligence artificielle” (10 avril 2017, 17h)

Enseignement ouvert aux auditeurs libres. Pour s’inscrire, merci de renseigner le formulaire.

Pour la séance du 10 avril 2017 EHESS Etudier les cultures du numérique, nous avons l’honneur d’accueillir Mary L. Gray, chercheuse chez Microsoft Research et membre du Berkman Center for Internet and Society de l’Université Harvard. Mary Gray a été l’une des pionnières des études sur Amazon Mechanical Turk et sur les liens entre micro-travail et intelligence artificielle.

Pour suivre le séminaire sur Twitter : hashtag #ecnEHESS.

ATTENTION : Le siège habituel étant fermé pour les vacances universitaires, cette  séance se déroulera le lundi 10 avril 2017, de 17h à 20h, amphi Opale, Télécom ParisTech, 46 rue Barrault, 13e arr. Paris.

Title: What is Going On Behind the API? Artificial Intelligence, Digital Labor and the Paradox of Automation’s “Last Mile.”

Speaker: Mary L. Gray

Abstract: On-demand digital labor has become the core “operating system” for a range of on-demand services. It is also vital to the advancement of artificial intelligence (AI) systems built to supplement or replace humans in industries ranging from tax preparation, like LegalZoom, to digital personal assistants, like Alexa. This presentation shares research that starts from the position that on-demand “crowdwork”—intelligent systems that blend AI and humans-in-the-loop to deliver paid services through an application programming interface (API)—will dominate the future of work by both buttressing the operations of future enterprises and advancing automation. For 2 years Mary L Gray and computer scientist Siddharth Suri have combined ethnographic fieldwork and computational analysis to understand the demographics, motivations, resources, skills and strategies workers drawn on to optimize their participation in this nascent but growing form of employment.  Crowdwork systems are not, simply, technologies. They are sites of labor with complicated social dynamics that, ultimately, hold value and require recognition to be sustainable forms of work.

La présentation et les débats se dérouleront en anglais.


Séminaire organisé en collaboration avec ENDL (European Network on Digital Labour).