machine learning

[Séminaire #ecnEHESS] L’idéologie du machine learning avec Bernie Hogan (Oxford), 4 déc. 2017, 17h

Enseignement ouvert aux auditeurs libres. Pour s’inscrire, merci de renseigner le formulaire.

Après une première séance riche et passionnante, notre séminaire EHESS Etudier les cultures du numérique revient avec un invité de marque. Le 4 décembre, nous aurons l’honneur d’accueillir Bernie Hogan, Senior Research Fellow du Oxford Internet Institute. Les travaux de Hogan portent sur comment les plateformes numériques gèrent l’identité et les données personnelles de leurs usagers, ainsi que sur les modalités de représentation des mondes sociaux à travers les réseaux. Par-delà ses articles publiés dans des revues savantes (Field Methods, Social Networks, New Media and Society) et ses interventions régulières dans les grands médias internationaux (BBC, Reuters, Times), il a participé au développement de plusieurs logiciels de visualisation de réseaux sociaux, dont le dernier en date est Network Canvas.

ATTENTION : Le séminaire aura lieu le lundi 4 décembre 2017, de 17 h à 20 h. Au vu du nombre important (et toujours croissant !) de participants, l’EHESS nous a accordé l’amphithéâtre François-Furet, au 105 bd Raspail 75006 Paris.


Title: Control, Privacy, Generativity: Big Data after the Ideology of Machine Learning

Speaker: Bernie Hogan (Oxford Internet Institute)

Abstract: This talk will unpack the three competing tensions for platforms in the age of big data. Users expect autonomy and privacy, platforms expect control and third parties expect privacy. It is not plausible to optimise for all three. Yet, in the absence of regulations for third parties and platforms, as well as public ignorance of important technical details, platforms will seek ever more control. The purpose of control is foster increasing strategies for predictability and monetization. What is lost when control is gained has been called “generativity” or the capacity to foster innovation and imagination through technology. Social network visualization will be presented as a case study in how both the user and third parties lose when we are left to view data solely through the eyes of the platform’s preferred interface.


La présentation et les débats se dérouleront en anglais.

[Séminaire #ecnEHESS] Antonio Casilli : Intelligences artificielles et travail des plateformes (13 nov. 2017)

Enseignement ouvert aux auditeurs libres. Pour s’inscrire, merci de renseigner le formulaire.

Pour la première séance de l’édition 2017/18 de notre séminaire #ecnEHESS Étudier les cultures du numérique : approches théoriques et empiriques, je vais présenter mes travaux récents sur le lien entre digital labor, plateformisation et intelligence artificielle.

Le séminaire aura lieu le lundi 13 novembre, de 17 h à 20 h (salle M. & D. Lombard, 96 bd Raspail 75006 Paris).

Des intelligences pas si artificielles : plateformes, digital labor et la « tentation d’automatiser »

L’un des penseurs classiques de l’industrialisme, David Ricardo, consacrait à la question de la « destruction du travail » par les machines le chapitre 31 de ses Principes de l’économie politique. À ses yeux, l’utilisation de solutions technologiques n’était pas un destin inéluctable, aboutissant à la substitution complète des travailleurs, mais plutôt un choix humain, résultant d’une « tentation d’employer des machines » [temptation to employ machinery] qui habitait le capitaliste. Était-ce un véritable aménagement libidinal qui poussait ce dernier à préférer l’automation à d’autres méthodes pour recruter de la main-d’œuvre meilleur marché, telle la délocalisation ou la mise au travail des familles des ouvriers ?

Cette présentation interroge le parcours culturel et socio-économique qui, de cette vision, nous a conduit aux sombres présages actuels du « grand remplacement » des humains par les technologies intelligentes. Le débat contemporain est marqué par les prophéties dystopiques de la disparition de 47% des emplois à cause des solutions automatisées, ou par les fantasmes de la gouvernance algorithmique du travail. Ceux-ci représentent autant de discours d’accompagnement de l’essor des plateformes numériques dont les modèles d’affaires sont de plus en plus structurés autour de l’automation des processus métier.

Bien que dans le contexte politique présent retentissent les annonces du dépassement des catégories héritées de la culture du travail des siècles passés (emploi, protection, subordination, pénibilité), l’heure d’une civilisation « post-laboriste » n’a pas encore sonné. Le fait est que les activités productives ont tellement évolué que le travail est en manque de reconnaissance. Pour le voir à nouveau, nous devons faire appel à la catégorie du digital labor, qui nous permet d’analyser l’articulation complexe de consommateurs/producteurs, de tâcherons du clic, de faux-freelances organisés en chaînes mondiales de sous-traitance. La centralité de la notion de travail est alors réaffirmée, à condition de jeter un regard derrière les rideaux de l’automation, pour observer le recours généralisé de la part des plateformes à des modalités intensives de captation de la valeur à partir des micro-tâches réalisées par des êtres humains afin de – justement – entraîner les intelligences artificielles, enseigner aux algorithmes d’apprentissage automatique, faire circuler les véhicules autonomes.