antonio casilli

[Séminaire #ecnEHESS] Yann Moulier-Boutang “Capitalisme cognitif et travail digital” (1 févr. 2016)

Pour la séance du lundi 1er février 2016 de mon séminaire EHESS Étudier les cultures du numérique : approches théoriques et empiriques nous avons eu le plaisir d’accueillir Yann Moulier-Boutang, professeur à l’Université de Technologie de Compiègne, co-fondateur de la revue Multitudes, et auteur entre autres des ouvrages L’abeille et l’économiste (Carnets Nord, 2010) et Capitalisme cognitif (Ed. Amsterdam, 2007).

Le séminaire a eu lieu à l’EHESS, salle 13, 105 bd. Raspail, 75006 Paris.

Retrouvez le livetweet du séminaire sur Twitter : hashtag #ecnEHESS.

Titre : Capitalisme cognitif et travail digital : un aller et retour.

Intervenant : Yann Moulier-Boutang.

Résumé : Qu’est-ce que l’approche théorique du capitalisme cognitif telle que Y. Moulier-Boutang la développe depuis 1999 peut apporter à l’analyse précise de toutes les formes de travail et d’activités subsumées dans la production de valeur actuelle ? Réciproquement qu’est-ce que l’analyse de terrain du travail digital (sur les moteurs de recherche, sur les plates-formes collaboratives des entreprises, dans l’économie sociale et solidaire numérisées, sur les réseaux sociaux, dans les Tiers lieux) peut-elle apporter à l’analyse de la composition sociale et technique du rapport capitaliste et donc des nouvelles classes sociales qui se désignent, des formes de cristallisation des résistances ou des subversion de l’ordre numériques ? Les humanités numériques ou digitales ne se bornent pas à des descriptions des fonctionnements nouveaux d’extraction de valeur; elles repèrent les contradictions nouvelles, les points de bifurcation qui acquièrent d’autant plus d’importance que la codification de l’activité aujourd’hui constitue l’un des enjeux majeurs des régimes de gouvernance qui cherchent à s’installer.


Compte- rendus des séances précédentes :

Prochaines séances :

  • 7 mars 2016Jérôme Denis (Télécom ParisTech) et Karën Fort (Université Paris-Sorbonne) “Petites mains et micro-travail”.
  • 4 avril 2016Camille Alloing (Université de Poitiers) et Julien Pierre (Université Stendhal Grenoble 3) “Questionner le digital labor par le prisme des émotions”.
  • 2 mai 2016Judith Rochfeld (Paris 1 Panthéon-Sorbonne) et Valérie-Laure Benabou (UVSQ) “Le partage de la valeur à l’heure des plateformes”.
  • 6 juin 2016Bruno Vétel (Télécom ParisTech) et Mathieu Cocq (ENS) “Les univers de travail dans les jeux vidéos”.

Dans Le Monde : récension de “Qu’est-ce que le digital labor?” (10 déc. 2015)

Dans le quotidien Le Monde du 10 décembre 2015, David Larousserie nous livre un compte-rendu amusé et amusant de notre ouvrage Qu’est-ce que le digital labor? (INA éditions, 2015).

Eclairages

Quand Internet n’est plus « sympa »

LIVRE DU JOUR
David Larousserie

En tout cas, pas deux des plus réputés sociologues français spécialistes des usages numériques, comme ils le montrent dans ce vivifiant essai consacré à une question émergente : le digital labor . Autrement dit, ce « travail » gratuit que les utilisateurs de plates- formes de réseaux sociaux, de ventes en ligne, de moteur de recherche effectuent en recommandant, « aimant », lançant des requêtes, interagissant, et que les entreprises monétisent auprès de publicitaires ou d’autres acteurs. L’expression a émergé à partir de 2009 aux Etats-Unis dans le champ académique pour de- venir un domaine de recherche actif. Production de valeur, mesures de performances, cadre contractuel (par les illisibles « conditions générales d’utilisation »), rappel à l’ordre pour pro- duire (par les notifications, alertes ou invitations diverses). Tout cela est bien du travail, décrit Antonio Casilli, sociologue à Télécom ParisTech, dans la première partie du livre. Et, dès lors, avec d’autres, il s’interroge sur les dispositifs d’exploitation, voire d’aliénation à l’œuvre ici comme dans n’importe quelle activité laborieuse. Le ton devient alors plus critique sur ces dérives marchandes qui accaparent la vie privée ou les biens communs.
Dominique Cardon, sociologue aux Orange Labs, dans une deuxième partie, commence par esquiver en prenant un recul original. La notion de digital labor relève plus de la posture que de l’analyse profonde. Elle se place à l’extérieur des sujets d’étude, donc au-dessus des internautes, pour leur dévoiler une aliénation qu’ils ignorent. Il raille donc ce point de vue, tout en détaillant les raisons intellectuelles et sociologiques qui ont amené à ce déferlement de critiques. « Internet était sympa, il ne l’est plus » , comme il le résume ironiquement. Bien sûr, les réseaux d’aujourd’hui n’ont plus rien à voir avec ceux d’hier avec marchandisation, espionnage à grande échelle, domination de quelques géants. Mais, face à ce constat sombre, il préfère retenir la grande diversité des usages et la démocratisation de l’expression, qui sont toujours vivantes.
A distance, les mots doux s’envolent entre les deux spécialistes lors d’une troisième partie construite comme un dialogue : « aristocrate ! », « libéral ! », « paternaliste ! », « incohérent ! » . Cependant, les deux tombent d’accord sur un point. Dominique Cardon regrette la mainmise d’une vision « économiciste » dans les analyses (aliénation, exploitation, valeur, etc.). Antonio Casilli aussi en somme, en rejetant les solutions consistant à rétribuer les internautes échangeant sur les plates-formes, comme certains l’ont proposé. Il préférerait une « rémunération » qui « redonne aux communs ce qui a été pris aux communs », par exemple sous forme d’un revenu de base ou bien d’une taxation des entreprises liées aux données qu’elles exploitent. Au fil des échanges se dégage une vision particulièrement riche des mutations à l’œuvre à propos d’Internet et de ses utilisateurs.

Qu’est-ce que le digital labor ?
de Dominique Cardon et Antonio Casilli
INA Editions, 104 p., 6 euros

Recension de “Qu’est-ce que le digital labor ?” (Lectures, 26 nov. 2016)


Qu'est-ce que le Digital Labor ?

Olivier Cléach

Dominique Cardon, Antonio Casilli, Qu’est-ce que le Digital Labor ?, Bry-sur-Marne, INA, col. « Etudes et controverses », 2015, 104 p., ISBN : 978-2-86938-229-9.

Dans cet opuscule, Dominique Cardon et Antonio Casilli, deux sociologues spécialistes du numérique, nous présentent un champ, un phénomène relativement nouveaux1 : le digital labor/labour. L’ouvrage s’articule autour de deux exposés2 des auteurs et d’un débat où ils confrontent leurs points de vue.

2Dans la première contribution, A. Casilli définit le digital labor, phénomène qui désigne à la fois un ensemble de pratiques et un champ de recherche. Pour lui, cette approche est d’abord un moyen d’aborder la question du travail dans un contexte numérique (p. 11), plus précisément une « nouvelle » forme de mise au travail des internautes.

3L’auteur commence par poser au préalable les premiers éléments de définition : « Nous appelons digital labor la réduction de nos “liaisons numérique” à un moment du rapport de production, la subsomption du social sous le marchand dans le contexte de nos usages technologiques » (p. 13). Cela renvoie aux activités numériques des usagers de plateformes sociales (Facebook, Twitter, Google…), d’applications mobiles ou, plus récemment, d’objets connectés. Deux cas se dégagent alors. Le premier renvoie à la mobilisation d’internautes rémunérés par des sites, par des agences pour réaliser des tâches simples (Human Intelligence Tasks), « non spécialisées et à faible niveau d’implication des usagers » (p. 17) : écrire un court commentaire, regarder une photo ou réaliser une petite vidéo, cliquer ici ou là, construire une playlist à partir de morceaux choisis, reconnaître des visages, mettre à jour des statistiques. Bref, autant d’opérations qu’une intelligence artificielle, aussi sophistiquée soit-elle, ne peut exécuter en autonomie, mais qui, une fois conditionnées par la main humaine, peuvent être algorithmiquement recomposées pour produire des données qui viendront ensuite alimenter des bases de données ou fournir un corpus de contenus (p. 17). Services qui pourront par la suite être revendus à des clients, à des annonceurs. À titre d’illustration, l’auteur cite le « Mechanical Turk » d’Amazon qui mobilise, à travers cette plateforme de microtravail, « des foules de travailleurs flexibles qui aident les machines » (p. 18).

4Le second cas est plus pernicieux. En effet, en publiant des informations plus ou moins personnelles (des préférences, des goûts…), en produisant des contenus simplement en visitant des sites web ou en recherchant un renseignement dans un moteur de recherche, en cliquant sur des fonctionnalités ou en utilisant des « appli » ou des objets connectés…, les utilisateurs génèrent, le plus souvent à leur insu3, des « traces » qui seront valorisées, monétisées par l’industrie du numérique, par le « capitalisme numérique ». Le digital labor renvoie ici à « l’extraction de données issues de la masse des usagers » (p. 20). Le travail « indirect » que peut faire l’internaute pour le compte d’entreprises numériques peut même être encore plus invisible, plus pervers. L’auteur cite le reCAPTCHAs de Google, un dispositif par lequel le cybernaute doit prouver qu’il n’est pas un robot en recopiant des mots parfois déformés qui semblent n’avoir aucun sens. Sauf qu’en renseignant cette modalité, il participe au projet de numérisation de textes (Google Books) et par là, au calibrage d’algorithmes, à l’apprentissage des intelligences artificielles. Ce n’est plus la machine qui soutient l’homme, mais le contraire. Ces exemples permettent à l’auteur d’enrichir sa définition du digital labor : « Une contribution à faible intensité et à faible expertise mise à profit via des algorithmes et des fouilles de données » (p. 21).

5Ces méthodes ne sont pas sans rappeler les pratiques du taylorisme ou du fordisme, adaptées à un autre contexte. Nous sommes face à des situations qui excèdent le champ du travail immatériel classique, face à des « phénomènes de captation de la valeur par le capitalisme des plates-formes numériques, sur [des] dynamiques de récupération marchande des flux de générosité par les entreprises du Web, qui ont prospéré durant ces mêmes années en comptant sur la libéralité des utilisateurs et sur leur envie de participation » (p. 15). Tous les flux d’activité générés par les internautes au quotidien, même les plus anodins, sont ainsi susceptibles d’être exploités par des algorithmes afin de produire de la valeur économique. L’auteur résume très bien, p. 27, la situation : nous serions ainsi passés du « si c’est gratuit, c’est toi le produit ! » à « si c’est gratuit, c’est que tu y travailles ! ». Confusion des rôles, le consommateur se confond avec le travailleur et la sphère privée avec le monde des affaires.

6L’auteur nous livre alors le dernier étage de sa définition du digital labor : celui-ci « est un travail éminemment cognitif qui se manifeste à travers une activité informelle, capturée et appropriée dans un contexte marchand en s’appuyant sur des tâches médiatisées par des dispositifs numériques » (p. 31). Il précise dès lors le cadre dans lequel ce phénomène doit être appréhendé à travers la mobilisation de deux notions connotées : « l’exploitation » (la répartition des gains étant loin d’être égalitaire, les uns s’appropriant à peu de frais4 le travail des autres, les « prolétaires du numérique ») et « l’aliénation » qui, en l’occurrence, s’apparente davantage à une sorte de « domination douce », au sens de D. Courpasson (L’action contrainte, Paris, PUF, 2000).

7Dans la seconde contribution, Dominique Cardon rajoute principalement deux éléments à la réflexion : le digital labor est un marqueur de l’évolution des finalités d’Internet ; nous manquons d’études empiriques (expériences) solides des pratiques numériques s’inscrivant dans le cadre de cette marchandisation d’un pan conséquent du cyberespace.

8Ainsi, pour l’auteur, Internet aurait changé de nature ouvrant ainsi le champ au digital labor, symptomatique de cette évolution : « Alors qu’il libérait en bousculant normes et institutions, Internet serait devenu à la fois un système d’exploitation, une usine, et l’instrument d’une servitude volontaire, une aliénation. » (p. 42). Sous l’influence des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) et d’autres, il serait devenu conformiste et commercial (p. 41).

9Ici, l’auteur montre bien que, dans ce contexte, deux camps, deux conceptions s’affrontent. Le premier rassemble les théoriciens, les « pionniers », les « puristes » (inventeurs ou utilisateurs de la première heure) de la toile, empreints de « l’éthique hacker » et de l’esprit « open source ». Ceux qui prônent une approche libertaire, ludique, non finalisée (guidée par le plaisir et la passion) du net. Tous ceux qui mèneraient des activités désintéressées sur la toile (c’est-à-dire non assimilées à un travail), simplement guidés par « le plaisir, l’excitation, le don, la passion, le souci du partage, le goût de l’échange, le sentiment de dette et de responsabilité qui naît de faire du commun… » (p. 59). Le second camp est constitué de sites marchands, de plateformes sociales qui ont fait entrer les valeurs du marché dans des pratiques numériques, comme réponse à la massification des publics d’Internet par rapport au contexte des années quatre-vingt-dix. Les « hackers old school » du premier camp reprochent au second, à travers des pratiques comme celles qui caractérisent le digital labor, d’avoir perverti, dévoyé leurs valeurs, l’idéal démocratique d’Internet et de transformer l’internaute soit en prospect, soit en travailleur spolié. Le digital labor symbolise alors le brouillage des frontières entre le travail et le hors travail, entre la sphère privée et le monde des affaires.

10Les problématiques abordées dans cet ouvrage ne sont pas totalement nouvelles : on peut penser par exemple aux réflexions exposées dans un livre collectif (Le travail et les techniques, Paris, PUF, 1948) ou, plus proches de nous, aux travaux de M.-A. Dujarier5 (citée par les auteurs) et de G. Tiffon6 (non mobilisé), et on voit bien que la gestionnarisation, la financiarisation de la société dénoncées par la sociologie de la gestion entre autres n’épargnent pas le net. Mais, ces problématiques sont posées dans un autre contexte (la digitalisation du travail et des entreprises, le développement des réseaux sociaux…) et portent sur des dispositifs numériques fondés sur des intelligences artificielles (algorithmes). Ce qui nécessite parfois d’avoir préalablement un certain nombre de connaissances des domaines dont il est question, des positionnements théoriques, des concepts et de la culture du milieu… pour rendre compréhensible la lecture de l’ouvrage et l’appréhension de certains enjeux. En effet, en si peu de pages, les auteurs sont obligés d’aller au cœur du sujet, au détriment parfois d’une « périphérie » plus vulgarisatrice.

11Autre remarque. D. Cardon mobilise à juste titre les travaux de M. J. Sandel7, mais sans aller jusqu’au bout de la thèse de l’auteur : la marchandisation de certaines activités, de certaines pratiques en corrompt le sens profond, la finalité première. Le digital labor n’échappe pas à cela.

12Au-delà des connaissances qu’il apporte, la lecture de cet ouvrage présente un autre intérêt : il ouvre le regard des cybercitoyens que nous sommes, leur permettant de surfer sur la toile en toute connaissance de cause, même si, à moins de renoncer à l’utilisation de certaines technologiques numériques ou de définir une régulation mondiale, il est difficile d’échapper à ces processus de dévoiement que les auteurs analysent à travers le cas du digital labor. En tout cas, cet ouvrage participe à lever un voile d’ignorance sur certaines pratiques avérées qui, bien souvent, restent invisibles.

Notes

1 Selon Casilli, on peut faire remonter son origine à une conférence qui s’est tenue en 2009 : The Internet as playground and factory (on retrouve les actes de cette conférence dans : Scholz T. (s/d), Digital Labor, New York, Routledge, 2013). Elle est concomitante de la montée en puissance des réseaux sociaux type Facebook, Twitter, Linkedin…

2 Les contributions de cet ouvrage sont issues d’un des ateliers de recherche méthodologique organisés par l’Ina.

3 Quels sont ceux d’entre nous qui lisent entièrement les CGU et la politique de confidentialité des réseaux sociaux ou des applications pour mobiles, dont l’accord exprès et sans restriction subordonne l’accès aux dits services ?

4 Les rémunérations des contributions étant souvent symboliques.

5 Le travail du consommateur, Paris, La Découverte, 2008.

6 La mise au travail des clients, Paris, Economica, 2013.

7 https://lectures.revues.org/16481

[Video] “Negotiating privacy: a digital labor?” (Manufacturing Transparency conference, UC Berkeley, Oct 28, 2015)

On October 28, 2015 I was invited to deliver a keynote presentation at the Manufacturing Transparency conference, organized by the Berkeley Center for New Media, University of California Berkeley. My presentation, Negotiating privacy and transparency: a digital labor?, was mainly based on my books Against the Hypothesis of the End of Privacy (Springer, 2014) and Qu’est-ce que le digital labor? (INA, 2015).

Dans le Cahier IP – CNIL (17 nov. 2015)

Dans le Cahier Innovation CNIL “Les Données, Muses & Frontières de la Création” j’ai le plaisir d’être interviewé avec le collègue Dominique Cardon au sujet d’algorithmes, big data, et digital labor.

CahiersIP_CNILClick to enlarge

Lire, écouter, regarder et jouer en ligne à l’heure de la personnalisation : découvrez le nouveau cahier IP

17 novembre 2015

Nos consommations de contenus culturels dématérialisés deviennent massivement productrices de données. Ce nouveau cahier IP alimente le débat sur la place des algorithmes dans nos choix et sur les manières de redonner du contrôle aux utilisateurs.

Les industries culturelles et créatives ont été les premières à connaître de profondes mutations sous l’impulsion des usages numériques et de la dématérialisation des contenus. Elles constituent ainsi un formidable laboratoire de la mise en données du monde, au-delà de l’image réductrice des données comme « pétrole de l’économie numérique ».

Aujourd’hui, la plus-value des services de distribution de contenus culturels et ludiques dématérialisés se concentre dans leur capacité à analyser les habitudes de consommation des utilisateurs à des fins de personnalisation.

  • 2/3 tiers des utilisateurs de services de streaming musical ou de vidéo à la demande sur abonnement (dite « SVOD ») utilisent et apprécient les recommandations (étude Médiamétrie réalisée pour la CNIL, octobre 2015).

Pour Isabelle Falque-Pierrotin, Présidente de la CNIL :

« la lecture, la musique, les films et les séries mais aussi sans doute les jeux vidéo, bien au-delà du divertissement qu’ils nous procurent, ne sont-ils pas les lieux par excellence où ne cesse de s’élaborer et de se réinventer notre identité ? Les œuvres se situent au carrefour du plus collectif et du plus intime, au cœur de nos destins publics autant que personnels ».

Extrait de la page 23 du cahier IP

La « magie » des algorithmes ?

Indispensables pour naviguer dans l’immensité des catalogues de contenus, les algorithmes peuvent tout autant favoriser la découverte qu’enfermer les individus dans des goûts stéréotypés ou des horizons limités.

  • Près d’un utilisateur sur deux s’est d’ailleurs déjà demandé sur quelle base étaient produites ces recommandations.

Le 3ème cahier IP explore cette utilisation intensive des données personnelles au travers de tendances clefs et émergentes, d’interviews d’experts (Nicolas Curien, Eric Schérer, Olivier Ertzscheid, Dominique Cardon, Antonio Casilli) et de scénarios exploratoires.

Il analyse en particulier:

  • la diversité des modèles économiques  et le rôle croissant que les données y tiennent
    • Partie 1 INDUSTRIES CRÉATIVES, CONTENUS NUMÉRIQUES ET DONNÉES
  • la nature des données utilisées dans les usages actuels et émergents pour chacun des secteurs
    • Partie 2 LES CONTENUS CULTURELS VUS AU TRAVERS DU PRISME DES DONNÉES
  • les mythes et réalités de la recommandation et « fact-check » sur la « magie » des algorithmes
    • Partie 3 LE GRAAL DE LA RECOMMANDATION ET DE LA PERSONNALISATION
  • 4 scénarios explorant les futurs possibles du couple « données + culture » => Partie 4 DEMAIN, QUELLES CRÉATIONS ET QUELS USAGES DATA-DRIVEN ?

Outiller l’individu pour innover dans l’expérience utilisateur

Ce cahier se veut aussi un appel à l’innovation des acteurs économiques.

Pour ces entreprises qui misent tout sur l’expérience utilisateur, relever le défi de l’éthique et de la confiance passe aussi par des informations plus claires et la mise à disposition d’outils innovants (portabilité, tableaux de bord, politiques de confidentialité lisibles et illustrées).

Pour créer des expériences d’usage « sans frictions » les plateformes doivent renforcer leurs efforts de transparence et de loyauté, en particulier en ce qui concerne les algorithmes.

[Radio] Le digital labor à La Tête au Carré (France Inter, 12 nov. 2015)

C’est toujours un réel plaisir que d’être accueilli par Mathieu Vidard et l’équipe de Le Tête au Carré, émission scientifique de France Inter. Cette fois-ci on a parlé de digital labor avec deux chercheuses que j’apprécie énormément : la sociologue du travail Marie-Anne Dujarier et la vice-présidente du Conseil National du Numérique Valérie Peugeot.

Le digital labor désigne le travail invisible qui se manifeste au travers de nos traces numériques : ces contenus générés par les utilisateurs, qui finissent par nourrir les profits des industriels. Mais quels sont les enjeux de cette réflexion?

Source: Le digital labor / France Inter

Digital labor sed labor : interview (Stratégies, 12 nov. 2015)

Dans le magazine Stratégies, mon interview avec la journaliste Capucine Cousin (agrémentée d’une photo très Star Trek).

Strategies121115

Et si nous travaillions à notre insu, au fil de nos tweets, «likes», «posts» de photos, et nos requêtes sur les moteurs de recherche? Des formes de micro-travail théorisées par Antonio Casilli, chercheur à l’EHESS, qui parle de «digital labor».

 

[Radio] Les nouveaux ouvriers : #digitallabor à la Grande Table (France Culture, 10 nov. 2015)

J’ai eu le plaisir, pour parler de notre ouvrage sur le digital Labor et “les nouveaux ouvriers”, de retrouver Caroline Broué et l’équipe de La Grande Table, le magazine culturel de radio France Culture où j’avais été chroniqueur régulier. Avec moi, un discutant d’exception : Michel Lallement, sociologue du travail au CNAM et auteur de L’Âge du faire. Hacking, Travail, Anarchie (Seuil, 2015).

>> Ecoutez le podcast.

Le Digital Labor ou les nouveaux ouvriers

Alors que Manuel Valls lance un chantier de réécriture du Code du Travail, qu’Emmanuel Macron présente les grandes lignes du projet Noé, sur les nouvelles opportunités économiques ouvertes par le numérique, on pourrait penser que le Digital Labor est un concept tendant à montrer qu’internet a changé notre façon de travailler. En fait, il en va tout autrement sous la plume d’Antonio Casilli qui décrit l’émergence de nouvelles formes “implicites” de travail : comment le travail s ‘est-il “glissé dans tous les interstices de notre activité”?

 

Tripadvisor, Uber, Facebook, Amazon… : il semble que toutes ces plateformes “participatives” brouillent les frontières entre le travail et les activités personnelles. Comment, dans ce contexte d’essor du numérique, définir ce qui est de l’ordre du travail? Il semble que le fait de produire de la valeur ne suffise plus, mais comment alors éviter une forme d’aliénation par l’assimilation du temps de travail et du temps de vie? Internet ne serait-il plus un outil d’émancipation? Quelle luttes sociales peut-on mener autour du numérique? Y a-t-il une classe de “prolétaires du clic”?

 

Antonio Casilli : “On voit émerger un travail qui ne dit pas son nom, qui n’est pas reconnu comme un travail.”

“Il y a une superposition entre le rôle de consommateur et le rôle de producteur.

Michel Lallement : “Ce qui est travail c’est ce qui contribue à produire de la valeur. Comment comprendre le chainage entre le fait de cliquer sur facebook, et l’énorme production de valeur qui en découle?”

 

[Compte rendu séminaire #ecnEHESS] Trebor Scholz “Unpacking Platform Cooperativism” (7 déc. 2015)

Dans le cadre de mon séminaire EHESS Étudier les cultures du numérique : approches théoriques et empiriques, nous avons eu le plaisir d’accueillir Trebor Scholz, professeur à la New School for Social Research de New York, où depuis 2009 il coordonne les conférences sur le digital labor dont les actes ont été recueillis dans l’ouvrage Digital Labor: The Internet as Playground and Factory (Routledge, 2012).  Paola Tubaro (LRI-CNRS) assurera le rôle de discutante.

De manière exceptionnelle, cette séance du séminaire s’est déroulée en anglais, le lundi 7 décembre 2015, de 17h à 20h, Amphi B310 de Télécom ParisTech, 46 rue Barrault, 75013 Paris. (A partir de janvier 2016, les séances reprendront à la même heure, en salle 5, EHESS, 105 bd Raspail 75006 Paris).

Retrouvez le livetweet du séminaire sur Twitter : hashtag #ecnEHESS.

Title: Unpacking Platform Cooperativism

Speaker: Trebor Scholz (New School, NYC)

Discussant: Paola Tubaro (LRI-CNRS, Paris)

Abstract: The distrust of the dominant extractive economic model is growing. Companies in the on-demand economy have been criticized for the “nullification of Federal Law,” the elimination of democratic values like accountability, dignity, and rights for workers. Every Uber has an unter; old command has been replaced with new command. However, trying to reverse the spread of contingent work seems futile; it is hard to imagine a return to the days when most people worked a 40-hour week.
Silicon Valley loves a good disruption, so let’s give them one. At the example of five different types of platforms, Scholz will offer ten principles for platform cooperativism and then aim to join the various pieces that make up this puzzle, ranging from ownership, financing, free software, design, and governance, to scale. It is about structural change, cooperative and municipal ownership models, legal protections, inventive unions, a redefinition of innovation, and collective decision-making.

Voilà un commentaire en anglais sur le blog de Paola Tubaro et le Storify de l’événement, concocté par Nicolas Loubet.

Les slides des séances précédentes :

Prochaines séances :

  • 4 janvier 2016Geoffrey Delcroix, Vincent Toubiana (CNIL), Martin Quinn (CVPIP) “Combien coûte un clic : données, industries culturelles et publicité”.

  • 1 février 2016Yann Moulier-Boutang “Capitalisme cognitif et digital labor”.

  • 7 mars 2016Jérôme Denis (Télécom ParisTech) et Karën Fort (Université Paris-Sorbonne) “Petites mains et micro-travail”.

  • 4 avril 2016Camille Alloing (Université de Poitiers) et Julien Pierre (Université Stendhal Grenoble 3) “Questionner le digital labor par le prisme des émotions”.

  • 2 mai 2016Judith Rochfeld (Paris 1 Panthéon-Sorbonne) et Valérie-Laure Benabou (UVSQ) “Le partage de la valeur à l’heure des plateformes”.

  • 6 juin 2016Bruno Vétel (Télécom ParisTech) et Mathieu Cocq (ENS) “Les univers de travail dans les jeux vidéos”.