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Marché du travail : entre automation et modèles pré-capitalistes (Alternatives Economiques, 28 mars 2017)

Dans le magazine Alternatives Economiques, Franck Aggeri, professeur de management à Mines ParisTech, fournit une analyse en quatre temps de la question du travail à l’heure des plateformes numériques, à partir d’un compte-rendu d’un de mes séminaires portant sur les liens entre digital labor et automation.

4 idées reçues sur le travail à l’heure des plates-formes numériques

Le  développement fulgurant des plates-formes numériques ne va pas sans  susciter des craintes ou des espoirs que symbolise Uber, entreprise  érigée tantôt en modèle, tantôt en bouc émissaire. L’un des sujets les  plus discutés porte sur les conséquences de ces plates-formes sur le  travail : comment modifient-elles les formes de travail ? En quoi  remplacent-elles du travail salarié par du travail indépendant ? En quoi  contribuent-elles à saper les fondements de notre modèle social et de  notre droit du travail ? Des emplois sont-ils menacés par le travail des  algorithmes ?
Le problème est que l’impact des plates-formes sur  le travail suscite davantage de fantasmes et de conjectures que  d’analyses solides fondées sur des études empiriques. C’est précisément  l’objet du dernier numéro du Libellio d’Aegis,  revue scientifique en ligne, que d’éclairer à partir d’analyses  distanciées et informées les transformations du travail occasionnées par  l’irruption des plates-formes. On y trouve en particulier deux  contributions remarquables d’Aurélien Acquier, professeur de management à  l’ESCP-Europe, et d’Antonio Casilli, sociologue à Telecom ParisTech, et  auteur avec Dominique Cardon d’un livre remarqué sur le digital labor1.
Idée reçue n°1 : une menace pour l’emploi
Première  idée reçue : la révolution numérique menacerait l’emploi. Antonio  Casilli rappelle justement que la question de l’impact des nouvelles  technologies, et notamment du machinisme, est aussi ancienne que la  révolution industrielle. Dès le début du XIXème siècle, certains  économistes comme Thomas Mortimer ou David Ricardo s’inquiètent déjà de  la substitution massive du travail humain par des machines. Cette  crainte s’est avérée infondée car ils ont sous-estimé les potentialités  nouvelles ouvertes par les révolutions techniques qui ont certes détruit  certains emplois mais ont contribué à en créer d’autres dans de  nouveaux secteurs.
Au XIXème siècle, Thomas Mortimer ou David Ricardo  s’inquiétaient déjà de la substitution massive du travail humain par des  machines

A cet égard, le rapport controversé de  Frey et Osborne de l’université d’Oxford paru en 2013 sur  l’impact de l’économie numérique sur l’emploi ne fait que reproduire  les biais d’analyse de leurs illustres aînés. Ainsi, ils prédisent que  47% des emplois sont menacés par la révolution digitale d’ici à 2050 à  partir d’une recension de l’impact de ces technologies sur les métiers  existants sans tenir compte des créations d’emploi associées aux  nouveaux métiers que cette révolution numérique pourrait occasionner.
Idée reçue n°2 : des plates-formes peu intensives en travail
Seconde  idée reçue : ces plates-formes seraient peu intensives en travail.  Antonio Casilli indique que loin de l’imagerie d’un monde gouverné par  les algorithmes, ces plates-formes sont intensives en travail, mais  selon des modalités inhabituelles et largement invisibles du grand  public. Il a notamment le grand mérite de pointer du doigt une première  modalité qui constitue une face cachée de cette économie de  plate-forme : l’exploitation d’un lumpen proletariat en charge  de réaliser un ensemble de micro-tâches visant à compléter, améliorer ou  pallier les défaillances des algorithmes. Cela recouvre une variété de  petites tâches comme transcrire un ticket de caisse, écouter de la  musique et la classer, labelliser des images, identifier des messages ou  des sites douteux, etc. En échange, ces travailleurs perçoivent des  micro-rémunérations qui, à la fin du mois, peuvent aller de quelques  dollars à une centaine.
Quand un internaute reconnaît une image ou retranscrit une phrase, il travaille pour Google

L’autre modalité, également méconnue,  est le travail réalisé par les utilisateurs eux-mêmes. Cette idée que  les clients participent à la co-construction de l’offre n’est pas propre  à l’économie numérique mais elle atteint, dans ce cas, une ampleur sans  précédent. Par exemple, quand un internaute améliore une traduction  proposée, quand il traduit un bout de texte, reconnaît une image ou  retranscrit une phrase, il travaille pour Google. Ainsi, les clients  participent activement sans le savoir à l’activité de ces plates-formes.  Ils contribuent également à les enrichir puisque les clics et les likes  sont vendus à des entreprises commerciales qui sont prêtes à payer cher  pour mieux connaître les besoins et les goûts de clients potentiels.
Idée reçue n°3 : un modèle d’organisation du travail inédit
Troisième  idée reçue : les plates-formes constitueraient un modèle d’organisation  du travail inédit. Aurélien Acquier explique comment le modèle  d’intermédiation des plates-formes transactionnelles ressemble à s’y  méprendre au modèle pré-capitaliste du domestic system dans  lequel des agriculteurs réalisaient une activité ouvrière domestique  (comme coudre, tisser, filer ou tricoter) pour le compte de négociants  en échange d’une rémunération à la pièce ou à la tâche. Ces paysans  réalisaient cette activité avec leurs propres outils. Ils étaient donc  les détenteurs du capital. Comme dans le modèle du domestic system,  les plates-formes ne sont pas propriétaires des actifs (les véhicules  pour Uber, les appartements ou maisons pour AirBnB) ; elles ne gèrent  pas un espace de travail spécifique ; les travailleurs sont  contractuellement indépendants de l’apporteur d’affaires ; les activités  constituent souvent un appoint par rapport à une autre activité  principale.
Les produits et services issus de la vieille économie n’ont pas disparu

Cette forme organisationnelle revient au  premier plan parce que les technologies de l’information facilitent  l’accès à l’information et permettent son contrôle et qu’elles réduisent  les coûts de transaction. Les entreprises y ont recours parce qu’elles  leur permettent d’externaliser les coûts salariaux et les risques de  licenciement, et qu’elles sont peu intensives en capital. Il faut  cependant relativiser leur domaine d’extension. Les produits et services  issus de la vieille économie n’ont pas disparu. Bien au contraire, il  faut bien des contenus à vendre. Par exemple, le numérique n’a pas  remplacé le travail du journaliste ou celui du musicien, il a modifié  les supports pour qu’ils puissent circuler sur ces plates-formes,  fragilisant, il est vrai, les modèles d’affaire des entreprises qui  commercialisaient les anciens types de support (la presse papier ou les  maisons de disque). Pour produire ces contenus, et notamment ceux qui  réclament de l’innovation, il faut toujours des entreprises pour les  concevoir et les produire et organiser les activités y concourant.
Idée reçue n°4 : le travail salarié fragilisé
Quatrième  idée reçue : les plates-formes conduiraient à fragiliser le travail  salarié. Un tel risque existe mais les événements récents soulignent la  fragilité du modèle du travail indépendant associé au développement de  ses plates-formes. Comme le rappelle les procès en France ou aux  Etats-Unis auxquels Uber est confronté, l’entreprise, comme d’autres,  est menacée de voir le contrat commercial qui l’unit aux chauffeurs  considéré comme une forme déguisée de salariat et requalifié comme  contrat de travail.
La démonstration d’un lien de subordination entre une  plate-forme et ceux qui travaillent pour elle dépend du degré de  prescription des tâches

Sur le plan juridique, cette relation  dépend de la capacité à démontrer l’existence d’un lien de  subordination. S’il y a subordination, alors il faut requalifier les  chauffeurs indépendants en salariés, ce qui mettrait en péril le modèle  d’affaire d’Uber qui tire son avantage du fait que l’entreprise  n’endosse pas les mêmes coûts et contraintes que les compagnies de taxis  traditionnelles. Sur un plan technique, la démonstration d’un lien de  subordination éventuel dépend du degré de prescription des tâches,  explique Aurélien Acquier. Jusqu’où Uber prescrit-il aux chauffeurs le  contenu de leurs activités ? Quelle est leur marge de liberté  réelle dans le choix des clients, des trajets ou de la tarification,  etc. ? Si le juge peut établir qu’existe un degré de prescription élevé,  il est probable qu’il estime que le lien de subordination est effectif.  Aurélien Acquier souligne cependant que le degré de prescription est  variable d’une plate-forme à l’autre et qu’il faut éviter toute  généralisation hâtive. Si certaines d’entre elles, à l’instar d’Uber,  encadrent fortement l’activité de leurs chauffeurs, d’autres, comme  Leboncoin par exemple, ne prescrivent pas la nature des relations entre  les utilisateurs de la plate-forme.
Ces analyses sont utiles car  elles nous aident à mieux comprendre le fonctionnement réel des  plates-formes, les enjeux qu’elles soulèvent et les points de vigilance  sur lesquels il est urgent d’enquêter pour éventuellement mieux les  encadrer et les réguler. Elles montrent également que la grande  entreprise et le salariat ne constituent pas des référents adéquats pour  penser le travail sur ces plates-formes, et qu’à l’inverse, d’autres  modèles d’organisation plus anciens, comme le domestic system, peuvent nous aider à mieux éclairer leur fonctionnement et leurs effets concrets.

Le micro-travail : des corvées peu gratifiantes et mal rémunérées (01net, 22 mars 2017)

Dans le magazine 01net du 22 mars 2017, une longue enquête sur les marchés du micro-travail du Sud Global, avec des extraîts d’un entretien que j’ai accordé au journaliste Gabriel Simeon.

Le Calvaire Des Forçats Du Net

Gabriel Simeon

Pour arrondir leurs fins de mois diffciles ou simplement gagner leur croûte, les besogneux du Web acceptent des corvées peu gratifiantes et très mal rémunérées.

Si internet était un iceberg, la partie émergée serait peuplée de Youtubers et de blogueurs, de patrons de géants du net et de startup… Bref, de tous ceux qui ont décroché le pactole en surfant sur ce nouvel eldorado. Le dessous de l’iceberg, l’invisible et l’essentiel, serait composé de ces petites mains payées au clic ou à la tâche, et pour qui net rime d’abord avec cacahuètes. Ces microtâcherons, comme les nomme le sociologue Antonio Casilli, professeur à télécom Paristech et auteur de Qu’est-ce que le digital labor ? (2015), seraient plus d’une centaine de millions dans le monde. Leur point commun ? ils se sont un jour inscrits sur une plateforme Web de microtravail comme il en existe des dizaines : zhubajie (15millions de travailleurs), Upwork (12 millions), CrowdSource (8 millions)… autant de places de marché qui font miroiter des jobs faciles, réalisables depuis un ordinateur, bien au chaud, chez soi. Le paradis des laborieux ? On finirait presque par le croire, si les missions ne se révélaient pas aussi courtes, répétitives et payées au lance-pierre.

Comme sur mechanical turk, mturk pour les habitués. Cette place de marché pionnière, lancée en 2005 par amazon, tire son nom d’un canular fomenté par un ingénieur hongrois du XViisiècle. Le farceur prétendait avoir développé un automate capable de battre n’importe qui aux échecs. C’était bidon. Sous sa machine, se dissimulait un humain en chair et en os qui, lui, était réellement imbattable.

Des souris et des hommes. Ce clin d’oeil à ce subterfuge, censé annoncer la domination des machines sur l’homme, est désormais une des vitrines du géant du commerce en ligne. Sur son site, amazon qualifie très ironiquement son mechanical turk, d’artificial artificial intelligence, autrement dit “d’artificielle intelligence artificielle”. Une façon cynique de rappeler que les robots ne nous ont pas encore tout à fait remplacés. Le site mturk.com met donc en relation employeurs et stakhanovistes du mulot pour confier à ces derniers des travaux que les ordinateurs ne parviennent pas encore bien à réaliser. Par exemple, analyser une image, effectuer une présentation PowerPoint, donner de la visibilité à un site Web, traduire un texte… Signe des temps, beaucoup sont prêts à s’acquitter de ce genre de corvées, en échange d’une (petite) poignée de dollars ou de coupons de réduction.

Gains sans effort. au passage, l’entremetteur capte sa commission (20 % environ du budget consenti par l’employeur), ce qui ne freine en rien son succès. La plateforme compte quelque 500 000 inscrits et 15 000 travailleurs actifs par mois, dont un quart y consacrerait plus de vingt et une heures par semaine. La réussite est telle que d’autres ténors du net, et pas des moindres, se sont lancés sur ce créneau, tels microsoft avec UHRS ou iBm avec Spare. Cette idée de faire appel aux internautes pour exécuter des boulots fastidieux n’est pas tout à fait nouvelle. au début des années 2000, des universitaires avaient déjà eu l’idée de solliciter des amateurs de sciences pour découvrir d’autres étoiles sur des images prises au télescope, dans l’espace. “Depuis, Internet a poussé à l’extrême ce phénomène dit de crowdsourcing” , constate Antonio Casilli. Le système a également été favorisé par l’émergence des emplois à la pige ou en free-lance, ainsi que par le boom de la sous-traitance. Pour autant, les plateformes comme mturk ne sont pas totalement dénuées d’intérêt. grâce à elles, certains disposent maintenant d’un moyen d’arrondir leurs fins de mois, sans même avoir à sortir de chez eux, tout en contribuant aussi à faire progresser la recherche. Plus d’un tiers des activités proposées alimentent des études scientifiques. enfin, le site d’amazon soulage les entreprises en leur donnant accès à une main-d’oeuvre variée, taillable et corvéable à merci… et surtout, très low-cost.

Selon l’institut américain Pew Research Center, près de deux tiers des boulots offerts sur mturk sont rémunérés moins de 10 centimes (on parle de dollar, mais c’est à peu près la même chose en euro). il suffit de s’inscrire sur le site pour le vérifier. Une certaine Shery gould offre une récompense de 0,04 dollar pour qui récupérera les adresses mails des dirigeants d’une entreprise. Plus bas, on propose de convertir des prix américains en euros (0,07 dollar) ou de lister des ingrédients présents sur des photos de produits alimentaires (0,50 dollar, waouh !). À ce rythme, on vous laisse imaginer le nombre d’actions à enchaîner pour gagner sa croûte. Laura, une mère au foyer américaine, a fait le calcul et l’a publié sur un site de turkers (travailleurs mturker) mécontents : “La triste réalité, déplore-t-elle, c’est que j’ai gagné 0,75 dollar de l’heure ces deux dernières semaines, qui seront encore amputés de 15 % après impôts . ” Dix fois moins que le salaire minimum en vigueur dans tout le pays ! Pour les autres turkers, ce n’est guère mieux. La moitié engrange moins de 5 dollars de l’heure, et cela à raison de quarante heures par semaine sans avoir de vacances, soit 10 379 dollars (9 800 euros) à l’année ! tout ça, sans contrat à la clé. Leurs “patrons” ne cotisent ni pour leur santé ni pour leur retraite… et s’ils ne sont pas satisfaits du boulot, les turkers ne sont pas payés !

À la rigueur, le cyberesclave peut se faire une vague idée de la probité de son employeur en consultant son “taux d’approbation”, calculé en fonction des avis d’anciens employés, et mentionné sur son profil. S’il n’est pas content, il n’a qu’à aller trimer ailleurs. Ce ne sont pas les sites qui manquent.

Dix centimes le couple. Peut-être avez-vous déjà entendu parler de la nouvelle application de rencontres Once. Ses concepteurs promettent à chacun de leurs membres de les mettre en relation chaque jour avec une potentielle âme soeur, d’après l’analyse des profils des tourtereaux. alors que, jusqu’ici, la plupart de ces sites avaient recours à des algorithmes automatisés pour dégoter la perle rare, Once innove en faisant appel à des “matchmakers”. Selon le magazine Challenges , ces grouillots de l’amour chargés de trier les profils seraient au moins 150 à opérer en France. ils seraient payés 10 centimes par paire de profils établis. À raison d’un “match” réalisé toutes les trente secondes, sans prendre la moindre pause, ces travailleurs peuvent espérer empocher 12 euros de l’heure. mais attention, ils ne touchent l’argent que si les candidats accouplés ont vraiment le coup de foudre… Ce qui n’arrive qu’une fois sur deux. C’est déjà moins alléchant.

Bon, on fait la fine bouche. Pourtant, dans des pays émergents comme on les nomme à présent, beaucoup sauteraient sur l’occase pour pouvoir manger. L’indonésie fournirait ainsi l’essentiel des micro-tâcherons du net, d’après Antonio Casilli. Là-bas, ces esclaves de la souris offcient carrément dans des fermes à clics, dans le but de partager et Liker des contenus publiés sur Facebook. tandis qu’en inde ou aux Philippines, les crève-la-faim s’échinent à apprendre l’allemand ou le russe pour, ensuite, proposer leur service de traduction contre des clopinettes.

Travailler à l’oeil. encore peuvent-ils s’estimer contents d’être payés. Car aujourd’hui, rémunérer les besogneux en espèces sonnantes et trébuchantes, c’est déjà dépassé. ainsi, les Local guides de google doivent-ils se contenter d’une gratification pour les bonnes adresses de restaurants, les photos qu’ils publient ou les avis qu’ils partagent dans le but d’enrichir la toile déployée par le colosse du Web. en échange, ces gentils Saint-Bernard gagnent un peu d’espace disque sur google Drive ou ont l’honneur de tester en avant-première des appareils promus par la marque. merci, c’est trop, vraiment, vous n’auriez pas dû…

De toute façon, plébéiens du réseau que nous sommes, nous ne réalisons même pas que nous bossons gracieusement pour les mastodontes du Web. n’avez-vous jamais coché la case Je ne suis pas un robot, avant de valider un téléchargement ? Ce système, qui nécessite parfois d’analyser une photo pour prouver qu’on est bien un humain, sert en fait à entraîner les programmes de reconnaissance d’images de google. Dur, dur d’être considéré comme un cyberprolo, quand on se prend pour un champion du mulot. n

Illustration(s) :
Des plateformes comme mTurc font florès sur le Net en offrant aux entreprises des cybertâcherons payés au lance-pierre : moins de 0,10 $ la tâche !
Afflux de Like sur les réseaux sociaux ? Les fermes à clics, comme celle-ci en Chine, sont entrées en action !
Des plateformes comme mTurc font florès sur le Net en offrant aux entreprises des cybertâcherons payés au lance-pierre : moins de 0,10 $ la tâche !
Afflux de Like sur les réseaux sociaux ? Les fermes à clics, comme celle-ci en Chine, sont entrées en action !

Facebook
Facebook est spécialisé dans les prestations de services de réseautage social en ligne. L’activité de la société s’organise autour de 3 pôles : – prestations de mise en réseau : notamment prestations
Facebook
Facebook specializes in online social networking services. The group’s activity is organized around 3 areas: – networking services: primarily information exchanging and photography sharing for the individuals (1.9 billion monthly

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Digital labor, privilège et invisibilisation de la pénibilité (grand entretien dans Le Monde, 11 mars 2017)

Le quotidien Le Monde démarre une enquête sur le digital labor. Le coup d’envoi ? Cette interview que j’ai accordée au journaliste Grégoire Orain.

« Sur Internet, nous travaillons tous, et la pénibilité de ce travail est invisible »

Le chercheur Antonio Casilli explique comment, derrière des services en apparence gratuits, Facebook, Amazon, Google… ont créé une « économie du clic ».

Par Grégoire Orain (propos recueillis par)

Quel est le point commun entre le moment ou vous remontez votre fil Facebook, celui où vous regardez des vidéos sur YouTube et lorsque vous cherchez des photos de chatons sur Google ? Dans les trois cas, vous l’ignorez sans doute, vous êtes en train de travailler.Sur Internet, les grandes plates-formes numériques américaines font tout pour capter notre attention et notre temps, nous offrant des services toujours plus sophistiqués pour communiquer, voyager, nous informer, ou tout simplement consommer.Des outils gratuits, du moins en apparence. Car derrière nos loisirs numériques se cache un bouleversement majeur, mondial, de la façon dont nous produisons de la valeur. De manière plus ou moins invisible, plus ou moins insidieuse, la Silicon Valley nous a tous mis au travail.Antonio Casilli est enseignant-chercheur à Télécom ParisTech et à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), auteur, avec le sociologue Dominique Cardon, de Qu’est-ce que le Digital Labor ? (INA éditions, 2015).

Dans votre ouvrage, vous expliquez que dès l’instant où quelqu’un se connecte à Facebook, voire à Internet en général, il est mis au travail. De quelle manière ?

C’est un concept que la communauté scientifique appelle le digital labor, c’est-à-dire un travail du clic, composé de plusieurs petites tâches, réalisé sur des plates-formes, qui ne demande pas de qualification et dont le principal intérêt est de produire des données. C’est un travail éminemment social.Sur les réseaux sociaux, par exemple, vous êtes toujours en train de coopérer avec quelqu’un – vous partagez son contenu, likez sa photo, et ainsi de suite –, mais également de travailler pour quelqu’un – le réseau social, qui exploite vos données. C’est ainsi que les grandes plates-formes numériques auxquelles nous avons accès produisent de la valeur.

Quelles sont ces plates-formes, et comment nous font-elles travailler ?

Il en existe quatre types. Le premier type, ce sont les plates-formes à la demande, comme Uber ou Airbnb, qui sous couvert d’une autre activité (transport, location, etc.) font de la production de données, enregistrent nos destinations, notre localisation, nos commentaires, notre réputation, nos évaluations, et qui revendent ensuite ces données.Du côté des chauffeurs du VTC, à lire : Uber crée « une nouvelle population de travailleurs pauvres et mal couverts »Le deuxième type, ce sont les plates-formes de microtravail comme Amazon Mechanical Turk, Upwork, l’application mCent… Des sites sur lesquels des millions de personnes dans le monde réalisent des tâches extrêmement simples [chercher sur Internet l’adresse d’un magasin, numériser les informations d’une carte de visite, décrire les éléments d’une image…] pour des rémunérations extrêmement faibles, de l’ordre de quelques centimes d’euros par minute.Le troisième type, ce sont les plates-formes de gestion de l’Internet des objets. Nos smartphones, nos montres connectées, mais aussi nos télévisions, nos ampoules ou nos thermostats connectés produisent de la donnée qui est ensuite exploitée. Nos maisons se transforment en usine à données, et cette production converge vers les immenses serveurs de Google ou d’Amazon.Le dernier type, enfin, ce sont les plates-formes sociales. Ecrire un post, formuler un tweet, filmer une vidéo pour la partager, mais aussi faire circuler des contenus, signaler ceux qui sont choquants ou inappropriés, c’est du travail, même s’il y a un côté jeu, un côté qui procure du plaisir.

Est-ce vraiment un problème de travailler indirectement et gratuitement pour Facebook ou pour Uber ? Après tout, ils fournissent aussi des services qui sont utiles et pour lesquels nous ne payons pas…

Les personnes qui ne voient pas le souci dans le digital labor sont des privilégiés. Ce sont les gens qui ont le temps et le capital social et culturel nécessaires pour profiter à l’extrême de ce qu’offre le Net. Internet a été conçu pour plaire à ces personnes-là, et celles-ci y trouvent un plaisir fou.  Mais dans le même temps, lorsque nous laissons parler notre privilège, nous faisons l’impasse sur des dizaines de millions de personnes en Inde, en Chine ou ailleurs qui nous permettent de profiter d’Internet pour un salaire de la faim.  Une plate-forme comme Upwork affiche 12 millions de travailleurs enregistrés, autant pour les Chinois de Witmart. Les microtâches réalisées sur ces plates-formes servent à améliorer les intelligences artificielles et les algorithmes des services que nous utilisons, à filtrer les contenus que nous ne voulons pas voir. Un travail invisible, une économie du clic, faite de travailleurs exploités à l’autre bout du monde.

Comment se fait-il que cet aspect de l’activité sur Internet soit méconnu des utilisateurs du réseau ?

Parce que ces entreprises font appel à des ruses pour nous convaincre de travailler pour elles. Pour commencer, la production de données est la plus simple possible. En 2011, Mark Zuckerberg affirmait qu’un partage sur Facebook devait se faire « sans aucune résistance ». On cherche à fluidifier la production de données.  La seconde ruse, qui rend le travail invisible à nos yeux, c’est la « ludification » ; on fait de la production un jeu, ce qui permet aux gens de tirer un plaisir du fait de passer des heures et des heures connectés à des systèmes qui, pourtant, ne cessent de leur adresser des injonctions : clique ici, « like » cette vidéo, commente ton expérience, etc.  Sur les plates-formes de microtravail, c’est la même chose. L’interface d’Amazon Mechanical Turk est assez sympa : des icônes partout, un effet d’émulation entre travailleurs, une valorisation de la réactivité, des scores qui débloquent d’autres jobs à accomplir, etc.  En somme, la ludification permet de pousser les gens à constamment interagir…  Pas seulement. En faisant de la production un jeu, et donc en la sortant de la transaction économique, on minimise le risque que les gens s’organisent, prennent conscience qu’ils sont en train de travailler et, finalement, demandent de l’argent.  C’est pour cette raison qu’il est très difficile d’organiser une prise de conscience collective : tout est fait pour que l’utilisateur soit mis en dehors de la logique contractuelle ou salariale.
Dans ce cas, le « digital labor » n’est-il pas un travail heureux ?

La vraie question n’est pas celle du bonheur ou du plaisir, mais celle de la pénibilité du travail, qui devient invisible. D’autres que nous se tapent les tâches pénibles, les visionnages de contenus méprisables, affreux, terribles, et font marcher le trafic organique dans Facebook. Les personnes qui filtrent les vidéos des égorgements de l’organisation Etat islamique sont aux Philippines, au Mexique, ailleurs. On a délocalisé la pénibilité.

Comment peut-on faire pour prendre en compte ces nouvelles formes de production qui échappent aux cadres habituels du temps de travail, des contrats, du salaire ?

Il y a un problème d’organisation au niveau international, un problème urgent, sérieux, pour lequel il n’y a pour l’instant pas de réponse. Aujourd’hui, si quelqu’un fait grève aux Philippines, un Indonésien va récupérer le travail. Mais ce n’est pas qu’une question de concurrence entre différents pays. Comment donner à tout le monde des droits, la possibilité de contester des conditions de travail ?  En revanche, dans les contextes nationaux, les choses bougent rapidement. Les syndicats, en France, en Allemagne, en Scandinavie, en Autriche, lancent des réflexions sur les travailleurs des plates-formes, de toutes les plates-formes, celles à la demande, bien sûr, comme Uber, mais aussi les plates-formes de microtâches.  Le syndicat allemand IGmetall, par exemple, a lancé Fair Crowd Work, un outil qui doit permettre à ceux qui accomplissent un microtravail de dénoncer les mauvaises pratiques, d’évaluer leurs employeurs, etc.

Si cette régulation ne vient pas, que se passera-t-il ?

Un syndicat, aujourd’hui, ne peut pas se permettre de continuer à avoir les mêmes logiques de dialogue social ou de financement, car les scénarios qui se préparent sont des scénarios de conflictualité.  Elle est déjà là : Uber et tant d’autres font face à des grèves, les modérateurs et les filtreurs s’organisent. Mais en face, les entreprises traditionnelles se « plateformisent » à mesure qu’elles se tournent vers l’exploitation de données, la mise en place d’algorithmes, etc. Cette polarisation demande que les corps intermédiaires sachent de quoi il est question, et quelles sont leurs responsabilités sociales et politiques.

Source: « Sur Internet, nous travaillons tous, et la pénibilité de ce travail est invisible »

Economie et politique des plateformes numériques : le programme de mon séminaire #ecnEHESS 2016-17

FINALLY ! Pour la neuvième année consécutive, mon séminaire Étudier les cultures du numérique : approches théoriques et empiriques (#ecnEHESS) ouvre ses portes le 21 novembre 2016 à l’EHESS de Paris. Pour récompenser votre patience, le programme de cette année réserve plus d’une surprise : des intervenants internationaux pour une réflexion sur l’impact politique du numérique, avec des séances spéciales sur la surveillance de masse, sur l’économie et l’idéologie des plateformes, sur les libertés fondamentales à l’heure d’internet.

Comme toujours, les inscriptions sont ouvertes aux auditeurs libres : il suffit d’envoyer un petit mail gentil via ce formulaire. La première séance aura lieu le lundi 21 novembre 2016, EHESS. Les séances successives, le troisième lundi de chaque mois de 17h à 20h.

ATTENTION : changement d’adresse. Cette année le séminaire se déroulera au 96 bd Raspail 75006 Paris, salle M. & D. Lombard. NB: la séance de fin d’année aura lieu le mercredi 14 décembre 2016. Pour plus de précisions sur les dates et les salles (et pour d’éventuels changements), se référer à la page de l’enseignement.

Programme

 platform 21 novembre 2016
Christophe Benavent (Paris Nanterre)
Gouvernementalité algorithmique des plateformes
 lloirns 14 décembre 2016
Isabelle Attard (députée citoyenne du Calvados) et Adrienne Charmet (La Quadrature du Net)
Internet, surveillance et libertés fondamentales en France
 ideology 16 janvier 2017
Benjamin Loveluck (Télécom ParisTech)
Idéologies et utopies du numérique
 workfutur 20 février 2017
Mark Graham (Oxford Internet Institute) et Karen Gregory (University of Edinbugh)
Global platforms and the future of work
 gafa 20 mars 2017
Nikos Smyrnaios (Université Toulouse 3)
Stratégies et logique des GAFAM
 mturk 10 avril 2017
Mary Gray (Microsoft Research)
Behind the API: Work in On-Demand Digital Labor Markets
 datanomix 15 mai 2017
Louis-David Benyayer (Without Model) et Simon Chignard (Etalab)
Les nouveaux business models des données
 magna 19 juin 2017
Juan Carlos De Martin (NEXA Center for Internet & Society)
Looking back at the 2015 ‘Declaration of Internet Rights’

Dans Le Monde Diplomatique (sept. 2016)

Un article signé Pierre Rimbert à propos de digital labor et revenu de base, paru dans la livraison du mois de septembre 2016 du Monde Diplomatique.

Se réapproprier une ressource d’utilité publique

Données personnelles, une affaire politique
Pierre Rimbert

Il s’est vendu dans le monde 1,424 milliard de smartphones en 2015; deux cents millions de plus que l’année précédente. Un tiers de l’humanité porte un ordinateur dans sa poche. Tripoter cet appareil si pratique relève d’une telle évidence qu’on en oublierait presque le troc qu’il nous impose et sur lequel repose toute l’économie numérique : les entreprises de la Silicon Valley offrent des applications à des utilisateurs qui, en échange, leur abandonnent leurs données personnelles. Localisation, historique de l’activité en ligne, contacts, etc., sont collectés sans vergogne (1), analysés et revendus à des annonceurs publicitaires trop heureux de cibler « les bonnes personnes en leur transmettant le bon message au bon moment », comme le claironne la régie de Facebook. « Si c’est gratuit, c’est vous le produit », annonçait déjà un adage des années 1970.

Alors que les controverses sur la surveillance se multiplient depuis les révélations de M. Edward Snowden en 2013, l’extorsion de données à visée commerciale n’est guère perçue comme une question politique, c’est-à-dire liée aux choix communs et pouvant faire l’objet d’une délibération collective. En dehors des associations spécialisées, elle ne mobilise guère. Peut-être parce qu’elle est mal connue.

Dans les années 1970, l’économiste américain Dallas Smythe s’avise que toute personne affalée devant un écran est un travailleur qui s’ignore. La télévision, explique-t-il, produit une marchandise : l’audience, composée de l’attention des téléspectateurs, que les chaînes vendent aux annonceurs. « Vous apportez votre temps de travail non rémunéré et, en échange, vous recevez les programmes et la publicité (2). » Le labeur impayé de l’internaute s’avère plus actif que celui du téléspectateur. Sur les réseaux sociaux, nous convertissons nous-mêmes nos amitiés, nos émotions, nos désirs et nos colères en données exploitables par des algorithmes. Chaque profil, chaque « J’aime », chaque tweet, chaque requête, chaque clic déverse une goutte d’information valorisable dans l’océan des serveurs réfrigérés installés par Amazon, Google et Microsoft sur tous les continents.

« Travail numérique », ou digital labor, est le nom dont on a baptisé ces tâches de mise en données du monde réalisées gratuitement. Les mastodontes de la Silicon Valley prospèrent sur ce « péché originel ». « Ce qui gît au fond de l’accumulation primitive du capital, écrivait Karl Marx en 1867 dans Le Capital, c’est l’expropriation du producteur immédiat. » Pour clôturer les pâtures communes, mettre au travail salarié les paysans affamés ou coloniser le Sud, le capital recourut à « la conquête, l’asservissement, la rapine à main armée, le règne de la force brutale ». Au XXIe siècle, l’arsenal comprend aussi des armes légères, comme les vidéos de chatons rigolos.

L’histoire économique créditera peut-être le patronat en baskets d’avoir universalisé la figure du dépouillé ravi, coproducteur consentant du service qu’il consomme. Les 75 milliards de dollars de chiffre d’affaires de Google en 2015, principalement tirés de la publicité, indiquent assez l’ampleur d’une accumulation par dépossession qui ne se cache même plus. À l’annonce des résultats de Facebook au deuxième trimestre 2016, le site Re/Code s’esbaudissait de ce que le réseau social, fort de 1,71 milliard d’inscrits, « gagne encore plus d’argent sur chaque personne, 3,82 dollars par utilisateur (3) ».

Rien n’est donc plus mal nommé que la donnée : elle est non seulement produite, mais de surcroît volée. Si le travail involontaire des internautes fait l’objet de lumineuses analyses universitaires (4), la gauche politique ou syndicale n’a pas encore intégré cette dimension à son analyse – et encore moins à ses revendications. Pourtant, les formes matérielles et immatérielles de l’exploitation s’imbriquent étroitement. Le travail numérique n’est qu’un maillon d’une chaîne passée aux pieds des mineurs du Kivu contraints d’extraire le coltan requis pour la fabrication des smartphones, aux poignets des ouvrières de Foxconn à Shenzhen qui les assemblent, aux roues des chauffeurs sans statut d’Uber et des cyclistes de Deliveroo, au cou des manutentionnaires d’Amazon pilotés par des algorithmes (5).

Les fermiers se rebiffent

Qui produit les données ? Qui les contrôle ? Comment se répartit la richesse qu’on en tire ? Quels autres modèles envisager ? Ériger ces questions en enjeu politique urge d’autant plus que la multiplication des objets connectés et l’installation systématique de capteurs tout au long des circuits de fabrication industrielle gonflent chaque jour les flux d’informations. « Les voitures actuelles produisent une quantité massive de données, fanfaronne le président de Ford, M. Mark Fields (Las Vegas, 6 janvier 2015) : plus de 25 gigaoctets par heure », soit l’équivalent de deux saisons de la série Game of Thrones. Des trajets aux paramètres de conduite en passant par les préférences musicales et la météo, tout atterrit sur les serveurs du constructeur. Et, déjà, des consultants s’interrogent : en échange, les conducteurs ne pourraient-ils pas négocier une ristourne (6) ?

Certaines forces sociales organisées et conscientes de leurs intérêts ont choisi d’élever le chapardage des données au rang de leurs priorités politiques. Par exemple les gros fermiers américains. Depuis plusieurs années, les engins agricoles bardés de capteurs moissonnent quantité d’informations qui permettent d’ajuster au mètre près l’ensemencement, les traitements, l’arrosage, etc. Début 2014, le semencier Monsanto et le fabricant de tracteurs John Deere ont, chacun de leur côté, proposé aux agriculteurs du Midwest de transmettre directement ces paramètres à leurs serveurs afin de les traiter.

Mais l’austère Mary Kay Thatcher, responsable des relations de l’American Farm Bureau avec le Congrès, ne l’entend pas de cette oreille. « Les agriculteurs doivent savoir qui contrôle leurs données, qui peut y accéder et si ces données agrégées ou individuelles peuvent être partagées ou vendues », affirme-t-elle dans une vidéo pédagogique intitulée « Qui possède mes données ? ». Mme Thatcher redoute que ce matériel capté par les multinationales ne tombe entre les mains de spéculateurs : « Il leur suffirait de connaître les informations sur la récolte en cours quelques minutes avant tout le monde (7). » La mobilisation a porté ses fruits. En mars 2016, prestataires informatiques et représentants des fermiers s’accordaient sur des « principes de sécurité et de confidentialité pour les données agricoles », tandis qu’une organisation, la Coalition des données agricoles (Agricultural Data Coalition), mettait sur pied en juillet 2016 une ferme de serveurs coopérative pour en mutualiser le stockage.

De telles idées n’effleurent pas les dirigeants de l’Union européenne. En octobre 2015, une série de plaintes déposées par un étudiant autrichien contre Facebook pour non-respect de la vie privée a conduit à l’invalidation d’un arrangement vieux de vingt ans qui autorisait le transfert des données vers les entreprises américaines (le Safe Harbor ). L’Union aurait alors pu imposer aux géants du Web de stocker les informations personnelles des Européens sur le Vieux Continent. Elle s’est au contraire empressée de signer, début 2016, un nouvel accord de transfert automatique, l’orwellien « bouclier de confidentialité » (le Privacy Shield ), en échange de l’assurance par le directeur du renseignement national américain qu’aucune « surveillance de masse indiscriminée » ne serait pratiquée – promis-juré ! Il suffit ainsi d’allumer son téléphone mobile pour pratiquer l’import-export sans le savoir. Au moment où la bataille contre le grand marché transatlantique rassemble des millions d’opposants, la réaffirmation du libre-échange électronique n’a pas suscité de réaction particulière.

L’existence et l’ampleur de mobilisations sur ces thèmes aiguilleront l’avenir du « travail numérique » sur l’une des pistes qui déjà se dessinent. La première, celle d’une défaite sans combat, consacrerait le statut de l’usager-courtier de ses propres données. Selon ce modèle imaginé aux Etats-Unis au début des années 2010 par Jaron Lanier, informaticien et gourou de la réalité virtuelle, « dès qu’une personne contribue par quelque moyen et si peu que ce soit à une base de données, (…) elle recevra un nanopaiement proportionnel à l’ampleur de la contribution et à la valeur qui en résulte. Ces nanopaiements s’additionneront et fonderont un nouveau contrat social (8) ». Tous (nano)boutiquiers !

La deuxième voie est celle d’une reprise en main par les États. Depuis le début des années 2010 aux États-Unis et le renforcement de l’austérité, l’exaspération monte contre la grande évasion fiscale pratiquée par les entreprises de haute technologie. En marge des procédures ouvertes par le commissariat européen à la concurrence contre Google et des diverses enquêtes nationales pour fraude, l’idée a germé en France de taxer les entreprises technologiques sur la valeur générée par les données personnelles. Dans leur rapport sur la fiscalité du secteur numérique, les hauts fonctionnaires Nicolas Colin et Pierre Collin militent pour que « la France recouvre un pouvoir d’imposer les bénéfices issus du “travail gratuit” des internautes localisés sur le territoire français » selon le principe du « prédateur-payeur » (9).

S’appuyant sur cette méthode, le sociologue Antonio Casilli a proposé que cette taxe finance un revenu inconditionnel de base. Ce dernier, explique-t-il, serait envisagé à la fois « comme levier d’émancipation et comme mesure de compensation pour le digital labor (10) ». La métamorphose de la question des données personnelles en une question politique progressiste trouve ici une formulation. On peut en imaginer d’autres, qui reposeraient non plus sur la marchandisation, mais sur la socialisation.

Dans les domaines du transport, de la santé, de l’énergie, les informations de masse n’ont jusqu’ici servi qu’à mettre en musique l’austérité en réalisant des économies. Elles pourraient tout aussi bien contribuer à améliorer la circulation urbaine, le système sanitaire, l’allocation des ressources énergétiques, l’éducation. Plutôt que de migrer par défaut outre-Atlantique, elles pourraient échoir par obligation à une agence internationale des données placée sous l’égide de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco). Des droits d’accès différenciés étageraient la possibilité de consultation et d’usage : automatique pour les individus concernés; gratuite mais anonymisée pour les collectivités locales, les organismes de recherche et de statistique publics; possible pour les animateurs de projets d’utilité collective non commerciaux.

L’accès des acteurs privés à la précieuse matière première serait en revanche conditionné et payant : priorité au commun, et non plus au commerce. Une proposition connexe, mais envisagée à l’échelon national, dans une optique de souveraineté, a été détaillée en 2015 (11). Une agence internationale présenterait l’avantage de regrouper d’emblée autour de normes strictes un ensemble de pays sensibles aux questions de confidentialité et désireux de contester l’hégémonie américaine.

 Une colère qui se trompe d’objet

L’élan nécessaire pour populariser une propriété et un usage socialisés des données se heurte encore au sentiment d’infériorité technique qui conjugue le « C’est trop complexe » au « On n’y peut rien ». Mais, malgré sa sophistication et son lexique emberlificoté, le domaine numérique n’est pas détaché du reste de la société, ni placé en apesanteur politique. « Nombre de concepteurs d’Internet déplorent le devenir de leur créature, mais leur colère se trompe d’objet, observe le critique Evgeny Morozov : la faute n’incombe pas à cette entité amorphe, mais à la gauche, qui s’est montrée incapable de proposer des politiques solides en matière de technologie, des politiques susceptibles de contrecarrer l’innovation, le “bouleversement”, la privatisation promus par la Silicon Valley (12). »

La question n’est plus de savoir si un débat émergera autour du contrôle des ressources numériques, mais si des forces progressistes prendront part à cet affrontement. Des revendications comme la réappropriation démocratique des moyens de communication en ligne, l’émancipation du travail numérique, la propriété et l’usage socialisés des données prolongent logiquement un combat vieux de deux siècles. Et déjouent le fatalisme qui situe inéluctablement l’avenir au croisement de l’État-surveillant et du marché prédateur.

[Vidéo] La sociologie à l’ère du numérique : lien social, vie privée, travail (5 juil. 2016)

L’AISLF (Association Internationale des Sociologues de Langue Française) m’a fait l’honneur de m’inviter en tant que “grand conférencier”, à son XXe colloque “Sociétés en mouvement, sociologie en changement”, qui a eu lieu du 4 au 8 juillet 2016 à l’Université de Montréal et à l’Université du Québec à Montréal. Ma conférence Réinterroger les sciences sociales à l’heure du numérique (5 juillet 2016) est résumé dans cette vidéo, qui propose aussi des extraits d’un plus long entretien.

Digital labor – recension dans la Revue Européenne des Médias et du numérique (n°. 37, 2016)

Digital labor

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Ce terme, qui n’a pas encore d’équivalent en français, désigne une forme nouvelle de travail, née de l’économie numérique, que constituent tous les modes de participation des internautes – blog, post, commentaire, vidéo, photo, « like », inscription ou recherche en ligne, etc. – sur les plates-formes numériques (…). Pour les théoriciens du digital labor, ces pratiques qui, de diverses manières, entretiennent le fonctionnement des réseaux sociaux et autres services internet sont assimilables à un travail et elles pourraient être valorisées comme tel. Cependant la thèse du digital labor ne fait pas consensus. Cette notion reste un domaine de recherche universitaire, ouvert par les travaux de Trebor Scholtz, (Digital Labor : The Internet as Playground and Factory, 2012) et Christian Fuchs (Digital Labour and Karl Marx, 2014).

En France, deux publications récentes reflètent l’attention portée à cette désignation des activités des internautes comme un travail inhérent au modèle économique des géants de l’internet : Qu’est-ce que le Digital Labor, édité par l’INA en juin 2015, compte rendu d’un débat organisé autour d’Antonio Casilli, maître de conférences à Télécom ParisTech, et de Dominique Cardon, sociologue à l’Orange Labs, ainsi que le rapport du Conseil national du numérique (CNNum), « Travail, Emploi, Numérique, les nouvelles trajectoires », remis en janvier 2016 à Myriam El Khomri, ministre du travail.

Fondée sur la collaboration, l’échange des connaissances et le bénévolat, la philosophie originelle de l’internet, promue par la communauté du logiciel libre ou celle des wikipédiens, s’éloigne tandis que se développe la marchandisation des usages numériques. Indéniable, ce phénomène se renforce à mesure que les appareils et les objets connectés se propagent. A l’approche économique du digital labor, théorique et subversive, s’oppose une vision sociologique, empirique et humaniste, de la contribution effective des internautes aux plates-formes internet.

Selon Antonio Casilli, le digital labor se définit par « la mise au travail de nos “liaisons numériques” ». A l’encontre des recherches consacrées aux usages « positifs » sur le web – la participation, le partage, le don –, au début des années 2010, les théoriciens du digital labor ont orienté leurs travaux, « sur les phénomènes de captation de la valeur par le capitalisme des plates-formes numériques, sur les dynamiques de récupération marchande des flux de générosité par les entreprises du web, qui ont prospéré durant ces dernières années en comptant sur la libéralité des utilisateurs et sur leur envie de participation ». A l’envie et au désir de contribution que pourraient manifester les internautes, ils opposent « une relation de travail non rémunérée ». Le digital labor est à la fois un travail « invisible » et « immatériel », un travail « des publics » et « des consommateurs ». Sa principale caractéristique est d’être « implicite », qu’il s’agisse des contenus générés par les internautes ou des données fournies par leurs diverses activités en ligne.

Du simple « clic » sur un lien d’un « j’aime », d’une requête dans un moteur de recherche aux collaborations plus actives telles qu’un post, une recommandation, un commentaire ou le partage d’une vidéo, jusqu’au système des reCAPTCHAs mis en place pour Google Books afin de pallier les défaillances de la reconnaissance automatique de caractères pour numériser des livres (les tests CAPTCHA servent à distinguer un utilisateur humain d’un robot en lui demandant de déchiffrer des mots déformés), il s’agit là de reconnaître la mutation des activités des internautes et des consommateurs en un travail « qui aide les machines », réalisé au profit des plates-formes numériques. Ainsi les tenants du digital labor invitent-ils « à ne plus considérer la production de valeur comme un acte volontaire et spécialisé ».

De récentes polémiques illustrent le problème posé par « la monétisation des contenus générés par les internautes », comme le rappelle Antonio Casilli en évoquant la question de la rémunération des blogueurs sur un site de presse ou encore la revente, par une plate-forme de partage, de photos mises en ligne sous licence Creative par des photographes amateurs. Et il ajoute : « Quel type de pression salariale s’exerce dans les secteurs les plus divers (journalisme, industries culturelles, transports, etc.) par la création d’une armée de réserve de “travailleurs qui s’ignorent”, convaincus d’être plutôt des consommateurs, voire des bénéficiaires de services gratuits en ligne ? » Les utilisateurs ont en général peu conscience de la somme d’informations qu’ils fournissent aux plates-formes et ignorent même qu’ils le font dans le cadre d’un véritable contrat en acceptant, bien souvent sans les lire, les conditions générales d’utilisation des services.

Pour les théoriciens du digital labor, la massification des usages numériques se traduit par l’émergence d’un travail « gratuit » qui correspondrait à une forme nouvelle d’aliénation. « D’un faible niveau d’implication » mais « omniprésent », ce travail des utilisateurs et des consommateurs, dont la qualification resterait à préciser, est incontestablement créateur de valeur. Le rapport du CNNum précise : « Cette valeur est captée et reconnue par les entreprises, qui l’intègrent dans leur modèle d’affaires : la collecte de données des utilisateurs à des fins de marketing, de publicité ou de revente, la recherche des effets de réseaux ou encore la valorisation des contenus produits par les utilisateurs en sont autant d’exemples. C’est donc cette nouvelle forme de création de valeur, qui ne donne pas lieu à rémunération, qui semble nécessiter une réflexion sur la conjonction entre rémunération et travail tel qu’il est aujourd’hui reconnu. »

Critique au regard de la notion d’aliénation, Dominique Cardon, quant à lui, adopte une autre démarche, se plaçant du côté des citoyens internautes. Selon le sociologue, l’approche économique qui aboutit au concept de digital labor correspond à une interprétation « extérieure » aux pratiques numériques – une analyse du web « comme un système » –, à partir de laquelle « il est assez facile de constater que les internautes, à travers leurs échanges et leurs contributions, produisent gratuitement une valeur que monétisent les plates-formes ». Mais ce postulat passe sous silence un élément essentiel à la compréhension des pratiques numériques, celui de la massification de l’internet qui est « une véritable démocratisation culturelle et une ouverture vers l’expression en ligne des publics populaires », grâce à la vidéo, la photographie, les mèmes et autres « lolcats ».

Contrairement aux médias traditionnels qui établissent une stricte distinction entre ceux qui émettent et ceux qui reçoivent, l’internet a permis une « démocratisation démographique » des échanges, pour reprendre l’expression de Dominique Cardon, minorée ou déplorée par certains observateurs « au prétexte qu’ils ne sont pas dotés des qualités attendues d’une coopération entre personnes compétentes et diplômées ». Les nouvelles pratiques numériques redistribuent les rôles, superposent espace privé et espace public, brassent contenus commerciaux et informations d’intérêt général. Elles abattent toute forme traditionnelle de repères. « Libéré du carcan des gatekeepers, l’espace public numérique défait les catégories traditionnelles et mélange indifféremment technique, consommation, expression, trivialité et dérision », explique le sociologue. Aux défenseurs de l’esprit pionnier de l’internet qui voient le web dénaturé, devenu un lieu de satisfactions individualistes et mercantiles plutôt que le tremplin pour une émancipation sociale et collective, Dominique Cardon répond par cette provocation : « Les marchands de l’internet ont sans doute plus fait pour la démocratisation démographique des usages que les communautés historiques. »

Intermédiaire technique entre l’offre et la demande, l’activité économique des plates-formes consiste à agréger des contenus ou des données et à les mettre à disposition. Si les internautes produisent effectivement ces « biens », chacune de ces productions resterait « sans valeur aucune » si elles n’étaient pas transformées dans leur ensemble « par un mécanisme d’agrégation, de calcul, de comparaison, de filtre, de classement ou de recommandation qui leur confère un sens (pour les internautes) et une valeur (pour les plates-formes), répond Dominique Cardon aux adeptes de la thèse du digital labor. Le service rendu par la plate-forme, qui consiste à agréger les interactions et à automatiser la révélation d’une “intelligence collective” des productions unitaires grâce aux algorithmes, est négligé ou minoré dans ces travaux, alors que c’est lui qui rend valorisable le travail gratuit des internautes ».

Transformer des pratiques sociales en pratiques économiques – « économisation » – en considérant que les internautes qui s’expriment en ligne se retrouveraient de facto pris dans un système marchand qui les rendrait « calculateurs », et donc conscients de la valeur d’échange de leur contribution, revient selon Dominique Cardon à faire abstraction des « motivations intrinsèques » des internautes telles que les définissent les économistes. Ainsi les pratiques des internautes sont-elles consubstantielles à leurs motifs d’agir. « Ils trouvent en eux-mêmes la valeur qui les motive : le plaisir, l’excitation, le don, la passion, le souci du partage, le goût de l’échange, le sentiment de dette et de responsabilité qui naît d’un faire en commun… » Ces pratiques leur apportent en retour reconnaissance, estime et réputation. « La construction de systèmes de reconnaissance méritocratique des accomplissements des internautes aura sans doute constitué l’œuvre la plus subtile et la plus originale des pionniers. »

Sur l’internet comme sur les médias traditionnels, la gratuité des services a un prix, calculé en termes d’audience – la durée, le nombre d’individus, leur CSP – revendue aux annonceurs. Renforcée et encouragée par la popularité des outils numériques, la participation des internautes, implicite ou explicite, involontaire ou volontaire, est à la base de l’économie des plates-formes du web. Relève-t-elle pour autant de « l’exploitation » des consommateurs-travailleurs, tels que les définit la sociologue Marie-Anne Dujarier (Le travail du consommateur, 2008) au profit des détenteurs des plates-formes numériques qui en tireraient seuls la richesse ? C’est la question posée par le débat ouvert autour du digital labor. « Si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit » devrait plutôt se dire « Si c’est gratuit, c’est que vous y travaillez » écrit Antonio Casilli. En outre, explique-t-il, la réflexion pourrait être étendue aux plates-formes qui ont recours à des humains pour effectuer un micro-travail à la tâche (Hits pour Human intelligence tasks) peu qualifié, destiné à aider les machines à apprendre, comme Amazon Mechanical Turk (voir La REM n°34-35, p.84) – « centre d’élevage pour algorithmes » –, en passant par les entreprises d’économie collaborative telles qu’Uber et Airbnb, dont « le cœur de métier est l’exploitation algorithmique des données de mobilité et de consommation de leurs utilisateurs ».

Afin de mieux comprendre ce qui se joue dans le débat sur le digital labor, où sont mêlées des réalités aussi différentes que les nouvelles usines « à clics » ou l’offre de services en ligne qui, en contrepartie des « traces » laissées à disposition, permettent aux internautes d’échanger des photos entre amis, de rechercher ou de publier en ligne, il faut sans doute opter pour une vision plus large de la nouvelle économie numérique, qui s’appuie sur l’émergence d’un « capitalisme cognitif ». Antérieure à la théorie du digital labor, cette conception de la transformation du capitalisme est résumée dans le rapport du CNNum comme « un système d’accumulation dans lequel la valeur productive du travail intellectuel et immatériel devient dominante. Ce nouveau caractère central des connaissances et de l’intelligence collective pose la question de la rétribution de cette production de connaissance, qui est par nature collective et commune et qui fait l’objet d’appropriation exclusive par des acteurs économiques ».

Sans aucun doute, la réflexion menée autour du digital labor a le mérite d’ouvrir un champ d’investigation, infiniment plus large, sur la nécessaire redéfinition de la notion de travail et sur les conditions d’emploi qui, quel que soit le secteur d’activités, sont bouleversées par les technologies numériques. « Utiliser une plate-forme, est-ce un travail qui doit être reconnu comme tel ? », les théoriciens du digital labor cherchent à répondre à cette question. Mais il y en a d’autres, recensées par le Conseil national du numérique (CNNum) dans son rapport intitulé « Travail, Emploi, Numérique, les nouvelles trajectoires » :

  • Quelle place et quel statut pour le travail humain dans la société de demain ?
  • Le numérique favorise-t-il une automatisation émancipatrice des travailleurs ?
  • Le salariat est-il dépassé ?
  • Le numérique renforce-t-il la segmentation du marché du travail ?
  • Toute entreprise a-t-elle vocation à être « ubérisée » ? (voir La REM n°34-35, p.84).
  • Faut-il décorréler revenu et travail ?
  • Quel dialogue social à l’heure du numérique ?
  • Faut-il décorréler protection (droits) et travail (statuts d’emploi) ?

A toutes ces interrogations, il n’existe pour l’heure qu’une seule réponse évidente : « Agir est nécessaire », confirme le CNNum.

Sources :

  • Qu’est-ce que le Digital Labor, Dominique Cardon & Antonio A. Casilli, Etudes et controverses, Ina Editions, juin 2015.
  • Travail, Emploi, Numérique, les nouvelles trajectoires, rapport remis à la Ministre du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social, Conseil national du numérique, janvier 2016.

écrit par Françoise Laugée

Ingénieur d’études à l’Université Paris 2 – IREC (Institut de recherche et d’études sur la communication)

Source: Digital labor

[Slides séminaire #ecnEHESS] “Le partage de la valeur à l’heure des plateformes” (J. Rochfeld, V. Benabou 2 mai 2016, 17h)

Pour la séance de mon séminaire EHESS Etudier le cultures du numérique du 2 mai 2016 j’ai eu le plaisir d’accueillir Judith Rochfeld (Paris 1 Panthéon-Sorbonne) et Valérie-Laure Benabou (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines), pour un débat autour de leur ouvrage A qui profite le clic ? Le partage de la valeur à l’ère du numérique (Ed. Odile Jacob, 2015).

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Titre : Le partage de la valeur à l’heure des plateformes

“Comment définir juridiquement les notions de plateforme et de contenus ? On essaiera d’interpréter la première au prisme des régulations concurrentielles et consuméristes, tandis que pour la seconde nous nous attacherons à mesurer la difficulté de saisir l’immatérialité du concept de contenu, mais aussi son rapport avec la notion de travail et de production (oeuvres/données/avis…). Dans un second temps, il s’agira de réfléchir à l’adéquation de la figure propriétaire pour appréhender la circulation des intangibles. Quelle résistance de la notion de propriété telle qu’envisagée dans le code civil, ou plus largement comme méta-concept juridique ? Enfin, fortes du constat de la nécessité de faire « bouger les lignes », on déclinera les propositions avancées dans l’ouvrage “À qui profite le clic ?” au prisme de l’expérience déjà tentée dans le domaine du droit d’auteur (réponse technique, réponse collective, mise à l’écart ou régulation du consentement…), de ses échecs et de ses réussites pour déterminer d’éventuels mécanismes généraux permettant d’appréhender la distribution immatérielle dans ses diverses dimensions et organiser un plus juste partage de la valeur entre les acteurs.”