travail

Grand entretien dans le hors-série du magazine Socialter (25 oct. 2019)

Dans le deuxième hors-série que la revue Socialter consacre aux freelancers, un long entretien avec la journaliste Pauline Porro.

«L’intelligence artificielle invisibilise le travail»

La machine remplacera-t-elle le travailleur ? À cette question mille fois rebattue, le sociologue et professeur à Télécom Paris Antonio Casilli répond par la négative. Dans son ouvrage En attendant les robots, il affirme que ce discours procède d’une grande mystification à laquelle il convient d’apporter un démenti, pour mieux lever le voile sur les conditions de travail.

Dans Digital Society Forum (11 et 16 janv. 2019)

Le site web Digital Society Forum accueille deux compte-rendus de mon ouvrage En attendant les robots (Seuil, 2019), signés respectivement par la journaliste Claire Richard et l’expert d’innovation Irénée Régnauld.


Et si l’IA n’existait pas ?

Irénée Régnauld

Sheep Pain Facial Expression Scale (SPFES)  est un outil élaboré en 2016 par le docteur Krista McLennan de l’Université de Cambridge. « Les
 chercheurs ont nourri l'intelligence artificielle avec 500 photos de 
moutons et lui ont appris à mesurer la souffrance en analysant la 
position de la bouche, le plissement des yeux, l'inclinaison des 
oreilles et tous les autres éléments susceptibles de traduire un 
mal-être. » La douleur est reconnue dans 80% des cas et permet 
d’établir des diagnostics précoces en vue de soigner les pauvres bêtes. 
Voilà qui fait avancer la science, même si l’histoire ne dit pas si ce 
sont des travailleurs sous payés en Asie du Sud-Est qui ont tagué les 
photos d’ovins.
                            
                    
                    Le dernier ouvrage d’Antonio Casilli, En attendant les robots, enquête sur le travail du clic 
 (Seuil), a défrayé la chronique. La thèse : l’intelligence artificielle
 repose sur le travail manuel de millions de travailleurs précaires qui 
trient, annotent et commentent les données nécessaires à son bon 
fonctionnement. De là à affirmer que l’intelligence artificielle 
n’existe pas, il n’y a qu’un pas, qu’il est tentant de franchir ici. 
Juste pour voir.

                    

La semaine de l’intelligence artificielle a une drôle de tête : le lundi, elle va nous remplacer ; le mardi, elle va créer des emplois ; le mercredi, elle nous dépasse de nouveau ; mais heureusement, elle nous augmente le jeudi (ouf !). Et ainsi de suite jusqu’à ce que nous nous persuadions qu’elle est une personne avec sa volonté propre, une bonne copine ou notre pire ennemie, selon le jour, nos convictions ou notre position dans la société. En fait, nous la connaissons plutôt mal. Nous n’en n’avons pas toutes les clés, et c’est là que Casilli apporte un éclairage supplémentaire. C’est en sociologue de terrain qu’il est allé soulever le capot des intelligences artificielles qui prennent place dans nos smartphones, nos maisons et nos automobiles. Derrière ces IA aux airs schizophrènes, une autre réalité couve : des travailleurs précaires, essentiellement en Asie et en Afrique. Des petites mains qui taguent, annotent et commentent les images que « voient » les véhicules autonomes. Des petits doigts qui cliquent pour censurer les vidéos de décapitation sur YouTube et Facebook afin de nous éviter d’avoir à tomber dessus par un malencontreux hasard algorithmique. L’IA ne s’incarne donc pas en une unique personne virtuelle aux multiples interfaces, à la façon de l’OS du film Her de Spike Jonze, mais en des millions (de chair et d’os), qui travaillent dans l’ombre des mines de la modération, et qui ne sont pas cher payées.

Si l’on suite de plus près le fil “casillien”, l’intelligence artificielle est un mode d’organisation du travail. Un rapport d’exploitation qui modèle nos sociétés à son image. Non seulement nos intelligences artificielles sont « artificielles », mais elles embarquent toute une vision du monde et du travail. Cela pourrait tenir en deux étapes. Étape 1 : réduire tous les emplois en petites tâches compréhensibles par une machine. Étape 2 : dissoudre le travail dans les machines. C’est le même processus qui aurait mis les ouvriers derrière les machines, ou les clients devant les distributeurs de billets plutôt que face aux guichetiers. Pour Casilli, et comme il l’explique à Libération, l’objectif de cette IA est de « discipliner la force de travail », de calmer ses ardeurs en lui rappelant que si elle en demande trop, on l’automatisera. Automatisation qui relève selon lui d’un mythe : les distributeurs de billets n’ont pas remplacé les guichetiers, rappelle-t-il en début d’ouvrage. En d’autres termes, l’intelligence artificielle ne détruirait pas le travail, mais ne ferait qu’en déplacer les modèles et modalités.

Une thèse qui ne fait pas l’unanimité mais que partage l’activiste Astra Taylor (@astradisastra), pas loin elle non plus de nous dire que l’automatisation est une farce. En témoigne sa charade de l’automatisation où elle explique que la soi-disant obsolescence de l’homme a souvent servi de prétexte pour réduire en cendre les revendications des salariés. Ce fut le cas en 2013 lors du mouvement « Fight for 15$ », au cours duquel les salariés des fast-foods américains demandèrent une revalorisation salariale. De son côté, l’ancien PDG de Mac Donald les menaçait subtilement d’automatisation. Ce qui ne manqua pas d’arriver quelques mois plus tard quand la grande chaîne de fast-food introduisit les bornes digitales en libre service dans ses restaurants. Seulement voilà, le travail des salariés n’a pas disparu. Les clients se chargent de sélectionner leurs menus (ce sont maintenant eux qui travaillent, dirait Casilli). Les employés de la chaîne, quant à eux, préparent les commandes. « Macdo » les embauche encore, le travail aurait juste, de nouveau, été déplacé. Le fond de l’affaire serait psychologique : il s’agirait de faire croire à n’importe quel travailleur qu’il est potentiellement automatisable. Astra Taylor invente un terme pour exprimer cette peur de l’automatisation qui n’arrive jamais : « Fauxtomation ». La fauxtomation, c’est le « en attendant les robots » de Casilli. Une épée de Damoclès technologique. Un horizon menaçant dont le seul objet serait de reproduire les structures en place. De nouveau, il n’y a pas d’automatisation, il y a juste des rapports de force.

Ces deux pensées font écho à ce que le philosophe allemand Günther Anders (1902-1992) appelait la « honte prométhéenne » : ce sentiment de faiblesse qui s’empare de l’homme quand celui-ci compare sa condition biologique à la toute puissance de la machine. Mais quand on y réfléchit, cette honte ne mène à rien, car le match est truqué. Il n’y a aucune raison d’être honteux face à une machine, pas plus que face à un casse-noix qui lui, casse des noix bien plus vite et mieux que nous. Nous ne sommes pas non plus honteux face aux mouches (qui volent, elles), ou devant les lapins (qui copulent cent fois plus). Pour le dire autrement, Casilli, Taylor et Anders analysent la technologie selon un prisme nouveau, mais celui-ci n’épuise pas les nombreuses interprétations disponibles sur le marché des idées.

Et c’est là toute la difficulté. Si on la dilue dans les rapports de domination qui la sous-tendent, alors l’intelligence artificielle disparaît à leur profit. On ne voit plus que ce qu’on ne voyait pas avant : des travailleurs pauvres dans des pays lointains. Mais il reste que, du point de vue du développeur, l’intelligence artificielle est un programme qu’il souhaite mettre au service de ceci ou de cela, sans nécessairement désirer un déclassement généralisé de la population. Du point de vue de l’historien des sciences, l’intelligence artificielle sera un assemblage de techniques, d’inventeurs et de faits sociaux qui ont conduit à son premier véritable essor au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Du point de vue du badaud qui traduit un texte dans une langue étrangère, elle sera une aide précieuse. Du point de vue de l’entrepreneur, un relais de croissance. Et ainsi de suite. Tous ces points de vues sont réels. D’où ce paradoxe : si l’une de ces visions ne saurait remplacer toutes les autres, leur coexistence ne devrait pas non plus diluer le tout dans un relativisme inopérant. Ou plus grave, dans une tétanie annihilant toute action ou réflexion pour le mieux plutôt que le pire.


Derrière les promesses de l’intelligence artificielle, le cauchemar du “digital labor”

Claire Richard.

Un spectre hante l’intelligence artificielle, c’est le digital labor. Le dernier livre du sociologue Antonio Casilli , spécialiste des réseaux sociaux et des mutations du travail à l’ère numérique, dresse un panorama sombre des nouvelles formes de travail déconsidéré ou invisible apparues avec l’essor des plateformes et de l’automatisation.

En attendant les robots (Seuil), Le nouveau livre d’Antonio Casilli s’ouvre sur une histoire édifiante. Simon (c’est un nom d’emprunt) est embauché dans une start-up qui promet une solution d’intelligence artificielle pour proposer des offres personnalisées à des clients de luxe. Peu de temps après son arrivée, à la machine à café, il demande à un collègue pourquoi la boîte n’a pas embauché de data scientist, si son cœur de métier est l’IA. Parce qu’il n’y a pas d’IA, s’entend-il répondre. La personnalisation des offres, ce sont des humains qui la font : des travailleurs à Madagascar – et de temps en temps les stagiaires.

Le « secret » des intelligences artificielles ? Les humains

On l’aura compris : le titre de l’ouvrage, En attendant les robots, et sa référence à Beckett, est ironique. Car Antonio Casilli ne croit pas au « grand remplacement technologique », le spectre de la disparition des emplois à cause de l’intelligence artificielle, agité tant par des chercheurs (on se souvient de la fracassante étude d’Oxford annonçant que 47% des emplois disparaîtraient avec l’automatisation) que des éditorialistes et des entrepreneurs.
En réalité, explique le chercheur, les solutions d’intelligence artificielle actuellement disponibles sur le marché ne peuvent se passer d’humains. Même en laissant de côté les supercheries comme celle citée plus haut, les exemples sont légions : systèmes de modération de contenus vérifiés largement par des humains (comme chez YouTube), opérateurs vérifiant les appariement proposés par des machines (comme chez Amazon), assistants virtuels intelligents reposant largement sur des humains (comme l’assistant virtuel de Facebook « M », retiré de la circulation depuis) ou encore voitures autonomes assistées par des opérateurs chargés d’analyser le données récoltées par le système (comme chez Uber, où un chef de projet, ancien chef de projet de Google Street View, a décrit lesdits opérateurs comme des « robots humains »).
« Ce ne sont pas les machines qui font le travail des hommes, mais les hommes qui sont poussés à réaliser un digital labor pour les machines en les accompagnant, en les invitant, en les entraînant », résume le chercheur.
Les intelligences artificielles doivent toujours être paramétrées, entraînées et encore très largement supervisées par des humains, malgré les progrès des méthodes d’apprentissage non supervisés. Les progrès fulgurants des IA ces dernières années sont surtout dus à l’explosion des quantités de données d’entraînement : or celles-ci doivent être triées, annotées, préparées par des humains. Et enfin, ces programmes doivent être évalués et corrigés pour pouvoir s’améliorer. Ainsi, les utilisateurs vont utiliser pendant plusieurs années une version beta du service Gmail de Google, pour l’améliorer, ou tagger leurs amis sur des photos et contribuer ainsi sans nécessairement en avoir conscience à l’affinement du service de reconnaissance faciale de Facebook : « C’est un travail humble et discret, qui fait de nous, contemporains, à la fois les dresseurs, les manouvriers et les agents d’entretien de ces équipements. »
La question que pose l’intelligence artificielle et l’automatisation, ce n’est donc pas celle de la menace sur l’emploi – mais celle de la transformation profonde du travail pour répondre aux besoins de la machine.

Un travail invisible

Ces nouvelles formes de travail, Antonio Casilli les range dans la catégorie du digital labor. Littéralement « travail numérique », le terme désigne l’ensemble des nouvelles formes de tâches que nécessite l’économie des plateformes numériques — que ces tâches soient ou non (et c’est un point crucial) reconnues comme du travail. Le digital labor, la plupart du temps, est invisible. Parce qu’une large part se déroule dans les pays du Sud, à la périphérie de la conscience des pays du Nord. Et surtout parce que les plateformes refusent de le considérer comme travail : elles se décrivent comme des services, des intermédiaires mettant en relation des groupes d’usagers différents, des espaces de publication ou des marchés – mais jamais comme des employeurs. Pourtant, dit Antonio Casilli, c’est faux. Elles font bien appel à du travail immatériel mais soit elles le délocalisent, soit elles le rendent invisibile, soit elles le font passer pour des activités ludiques. Quoi qu’il en soit, écrit-il, il existe « un continuum entre activités non rémunérées, activités sous-payées et activités rémunérées de manière flexible. »

Tâcherons, salariés déguisés et utilisateurs dupés : les visages du digital labor

Antonio Casilli décrit surtout des cas assez connus (les chauffeurs Uber, les travailleurs à la tâche payés quelques centimes de la plateforme Mechanical Turk, et les usagers de Facebook), et on n’y trouvera pas de révélations factuelles fracassantes – même si on apprend au détour d’une page que Google emploie des humains pour vérifier les résultats de son moteur de recherche, qu’Uber embauche des opérateurs pour assister ses voitures automatiques , que Twitter vend désormais les données de ses utilisateurs à des fins publicitaires mais aussi à des entreprises de solution de machine learning, comme IBM, Oracle ou Salesforce, ou encore que les détenus chinois ou russes sont parfois forcés de travailler à produire des vidéos YouTube ou des contenus web, monétisés par les prisons).
Mais l’enquête n’est pas le propos du livre : l’auteur se propose surtout de brosser un panorama des différentes formes de digital labor.
Il décrit d’abord le monde du « microtravail » : les toutes petites tâches proposées sur des plateformes comme Mechanical Turk, Freelancer ou Upwork, sur lesquelles n’importe qui peut s’inscrire et offrir ses services pour des sommes avoisinant souvent les dizaines de centimes. Ces « micro-tâches » sont diverses : filtrer des contenus sur les plateformes, traduire des mots ou des groupe de mots pour développer des services de traduction « intelligents », identifier des éléments sur une image pour améliorer un service de géolocalisation, enregistrer des bribes de conversations ou les transcrire pour développer des assistants vocaux, vérifier les résultats d’un moteur de recherche ou passer derrière des algorithmes de filtrage… Elles ont en commun d’être infimes, répétitives, peu qualifiées, et peu ou pas payées.
Viennent ensuite les travailleurs à la demande, les usagers de plateformes de travail comme Uber, Foodora, Deliveroo. Ils utilisent le service de la plateforme, qui prélève une commission sur les échanges, mais ce n’est pas leur seule contribution. Ils produisent des données personnelles diverses et les qualifient (quand un chauffeur note son passager ou son passager un chauffeur) — celles-ci peuvent alors également être vendues ou utilisées pour améliorer l’algorithme.
Ce qui fait plus débat concerne le troisième cas, celui des contributions non payées : les posts, les commentaires, les messages, les évaluations, les partages… Pour certains, ce sont des marques de la culture web, de la sociabilité, de l’expression… et pour d’autres, dont Antonio Casilli, du travail gratuit. La plateforme tire une valeur réelle, et monétisée, des activités et des données des usagers. Elle capte et exploite la valeur générée par ces activités, ces données – qui peuvent être vendues ou utilisées pour entraîner des algorithmes, par exemple. Mais les usagers ne touchent aucune rétribution, en dépit du fait que leur activité génère de la valeur et est indispensable au fonctionnement économique du site et constitue donc une forme de travail. On peut citer le fait, par exemple, que les influenceurs sont rémunérés pour leur posts, ou encore que, parmi la minorité d’usagers très actifs sur une plateforme, une portion non négligeable espère se professionnaliser (ce que des sociologues ont décrit comme le « hope labor », le travail de l’espoir).
Certains exemples sont plus convaincants que d’autres : forcer les internautes à identifier des images pour accéder à des contenus, comme avec le système ReCAPTCHA, semble clairement relever du travail gratuit. Poster ou partager un post qui nous tient à cœur entre dans une catégorie plus difficile à cerner. En réponse à ces critiques, Antonio Casilli rappelle que la notion de travail est le produit de luttes de définition et de luttes sociales. Ainsi, le féminisme a fait émerger la notion de « travail domestique » puis de travail de care, pour désigner des activités qui étaient jusqu’alors considérées comme allant de soi.

Extension du travail précaire sous couvert de liberté

Ce digital labor est donc extrêmement répandu en ligne. Il témoigne, explique le chercheur, de deux tendances à l’œuvre dans un champ plus large que le numérique : la mise au travail de pans croissants de notre réalité d’une part (puisque nos technologies de communication nous permettent d’être joignable et productifs partout et tout le temps, et puisque toutes nos données peuvent être potentiellement génératrices de valeur), l’érosion du modèle du salariat d’autre part. Or le salariat est fondé sur un pacte entre l’entreprise et le salarié : en échange de sa subordination, l’entreprise lui fournit une certaine protection sociale. Aujourd’hui quand elles refusent d’être considérées comme des employeurs (même si la justice ne leur donne pas toujours raison), les plateformes mettent à mal ce pacte et participent à une tendance vers des travailleurs toujours plus isolés et aux droits restreints : elles concluent, dit Antonio Casilli « un pacte oxymorique » avec le travailleurs, « en les mettant à la fois au travail et hors travail ».
Les plateformes mettent en avant la liberté du travail indépendant, la possibilité d’être entrepreneur de soi-même sans avoir à se plier aux règles hiérarchiques. « Idéalement, sur les plateformes et dans leurs écosystèmes, tout individu est une start-up », résume le chercheur.
Cet imaginaire largement libertarien irrigue profondément la culture du web depuis ses débuts et s’incarne, par exemple, dans la figure du hacker ou de l’entrepreneur nomade, du passionné qui s’accomplit dans un « projet professionnel qui est aussi existentiel ». Mais Antonio Casilli note combien cette vision est élitiste et ne prend pas en compte l’asymétrie des forces dans un marché du travail en berne où le chômage est élevé et l’ascenseur social en panne, dans un passage qu’on a envie de citer en entier :
« Aucune place, dans cette définition, pour la routine des microtravailleurs de Clickworker, l’épuisement des livreurs de Foodora ou la confusion des poinçonneurs de ReCAPTCHA transcrivant des mots machinalement pour entraîner des systèmes de vision par ordinateur. Cette approche passe donc sous silence les perdants de la transformation numérique : ceux dont l’extrême flexibilité n’est pas un choix de vie et dont le digital labor à la chaîne peut difficilement être considéré comme un vecteur de réalisation de soi. Les entrepreneurs d’eux-même que célèbre le discours d’accompagnement des plateformes laissent une fois de plus dans l’ombre les digital laborers, souffrant de la vacuité et du caractère répétitif de leurs tâches ou anesthésiés par la ludification de leurs usages. La « soif de liberté » n’est certainement pas moins grande que celle des slashers, co-workers, lanceurs de start-up et autres « précaires entreprenants » qui se vivent comme des fugueurs de la condition salariale, mais elle n’a manifestement pas plus de chance d’être étanchée que leur quête de stabilité dans l’emploi d’être atteinte. »

En l’absence de régulation, le digital labor préfigure le pire du travail : un monde de travailleurs isolés, privés de droits sociaux et iolés les uns des autres, livrés aux conditions léonines des employeurs — et accomplissant des tâches standardisées, fragmentées, peu qualifiées et dépourvues de sens global. Ici et là, des tentatives de régulation ou de création de plateformes équitables sont en cours. Il est urgent de les soutenir, si l’on ne veut pas que le développement croissant de l’automatisation ne soit synonyme non d’une disparition du travail, mais de sa dégradation irrémédiable.

Le programme du séminaire #ecnEHESS 2018/19 est arrivé !

Mon séminaire Étudier les cultures du numérique (mieux connu comme #ecnEHESS) est de retour pour la 11e année consécutive.

Structure : pour la rentrée 2018/19, le séminaire fait peau neuve : plus compact (9 séances sur 5 mois), plus long (24 heures de cours) et surtout… plus fondamental. Parce que justement à partir de cette année, l’enseignement devient une formation du tronc commun du master en sciences sociales de l’EHESS, et une unité fondamentale de la mention Histoire des Sciences, Technologies, Sociétés (HSTS), en collaboration avec le Centre Alexandre Koyré.

C’est pourquoi, le programme se compose cette année de deux types de sessions :

  • les séances thématiques retracent les grandes questions de la sociologie du numérique et sont réservées en priorité aux étudiant•es EHESS (mais peuvent accueillir des auditeur•rices libres dans la mesure des places disponibles) ;
  • les séances d’approfondissement, où des invité•es externes présentent leurs recherches en cours,  s’inscrivent dans la tradition du séminaire #ecnEHESS et sont ouvertes à tou•tes.

Logistique : le séminaire aura lieu deux jeudis par mois, du 10 janvier 2019 au 9 mai 2019. Les séances thématiques se dérouleront au Centre Alexandre Koyré (salle séminaire, 27 Rue Damesme, 75013 Paris). Les séances d’approfondissement se dérouleront à l’Institut des Systèmes Complexes (salle séminaire 1.1, 113 rue Nationale 75013 Paris).

Pour vous inscrire, merci de renseigner le formulaire de contact (option “seminar”).

Voilà le calendrier complet :

 
Jeudi 10 janvier 2019 (15h-18h)
Centre Alexandre Koyré, salle séminaire, 27 Rue Damesme, 75013 Paris

Séance thématique (priorité étudiant•es EHESS)
Sociabilité, identité, communauté sur internet
Enseignant : Antonio Casilli
Jeudi 24 janvier 2019 (16h-18h)
Institut des Systèmes Complexes, salle séminaire 1.1, 113 rue Nationale 75013 Paris

Séance d’approfondissement (ouverte aux auditeur•es libres)
Les communs numériques
Intervenant•es : Benjamin Coriat, Laura Aufrère (Univ. Paris 13), Lionel Maurel (CNRS).
Jeudi 7 février 2019 (15h-18h)
Centre Alexandre Koyré, salle séminaire, 27 Rue Damesme, 75013 Paris
Séance thématique (priorité étudiant•es EHESS)
Analyse des réseaux (structure, norme, et capital social en ligne)

Enseignant : Antonio Casilli
Jeudi 21 février 2019 (17h-19h)
Institut des Systèmes Complexes, salle séminaire 1.1, 113 rue Nationale 75013 Paris

Séance d’approfondissement (ouverte aux auditeur•es libres)
Ce que les big data font aux sciences sociales
Intervenant•es : Paola Tubaro (CNRS) et Étienne Ollion (CNRS).
Jeudi 7 mars 2019 (15h-18h)
Centre Alexandre Koyré, salle séminaire, 27 Rue Damesme, 75013 Paris

Séance thématique (priorité étudiant•es EHESS)
Évolutions de la vie privée sur Internet
Enseignant : Antonio Casilli
Jeudi 21 mars 2019 (17h-19h)
Institut des Systèmes Complexes, salle séminaire 1.1, 113 rue Nationale 75013 Paris

Séance d’approfondissement (ouverte aux auditeur•es libres)
Action collective à l’heure du numérique
Intervenant•es : Jen Schradie (Sciences Po Paris).
Jeudi 4 avril 2019 (15h-18h)
Centre Alexandre Koyré, salle séminaire, 27 Rue Damesme, 75013 Paris

Séance thématique (priorité étudiant•es EHESS)
Travail et intelligences artificielles

Enseignant : Antonio Casilli
Jeudi 18 avril 2019 (17h-19h)
Institut des Systèmes Complexes, salle séminaire 1.1, 113 rue Nationale 75013 Paris

Séance d’approfondissement (ouverte aux auditeur•es libres)
Travail et plateformes numériques
Intervenant•es : Marie-Anne Dujarier (Univ. Paris Diderot) et Maud Simonet (Univ. Paris Nanterre).

Une séance finale de restitution des travaux des étudiant•es aura lieu le jeudi 9 mai 2019 de 15 h à 19 h au Centre Alexandre Koyré, salle séminaire. Lors de cette session, les étudiant•es présenteront une synthèse portant sur un sujet ayant trait aux usages sociaux des technologies numériques, choisi en accord avec l’enseignant. Le rendu prendra la forme d’une contributions à Wikipédia (création et modification d’articles) et d’une présentation orale.

La déconnexion selon les GAFAM : une stratégie de distraction (Le Figaro, 11 mai 2018)

Dans Le Figaro, Elisa Braun se penche sur les nouvelles fonctionnalités introduites par Google pour aider les utilisateurs Android à se déconnecter. Interviewé par la journaliste, voilà mon commentaire :

“La déconnexion n’est pas qu’une mode ou un mouvement des élites technologiques. Les études sérieuses se multiplient sur les effets nocifs des écrans sur le sommeil, le développement cognitif des enfants en bas âge et la surexposition. Chacun peut aussi ressentir la saturation en regardant son centre de notifications ou la quantité de mails non désirés sur sa messagerie. Mais le premier domaine dans lequel l’excès de connexion a été strictement encadré est en fait celui du travail. Voté dans le cadre de la loi Travail, dans le nouvel article L2242-8 du Code du travail, ce droit à la déconnexion est entré en vigueur au 1er janvier 2017. Il concerne les entreprises de plus de 50 salariés. Afin d’assurer le respect des temps de repos et de congés ainsi que l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, les entreprises concernées doivent mettre en place «des instruments de régulation de l’outil numérique», souligne le législateur.

Mais la question du travail a progressivement été écartée des débats sur la déconnexion. «Les applications de déconnexion existent depuis plusieurs années, à l’image de Freedom. Elles étaient auparavant rangées dans la catégorie «productivité» sur les magasins d’applications, et sont désormais passées dans la catégorie «bien être»» note ainsi Antonio Casilli, professeur de sociologie à Télécom Paris Tech et à l’EHESS. Pour ce spécialiste du «digital labor», la question de la déconnexion n’a pourtant pas tant à faire avec le bien-être que mettent en avant les équipes marketing de Google. «Ces entreprises invisibilisent le travail, accuse Antonio Casilli. Leurs nouvelles fonctionnalités prétendent nous libérer de l’injonction à l’hyper-connexion qu’elles ont elles-mêmes créée. Mais leur réponse reprend toutes les métriques de la productivité: temps d’affichage, nombre de clics… Elles installent une énième couche d’attention pour nous faire intérioriser le fait qu’une fois que nous sortons de ce mode de déconnexion, nous devons répondre à tant de mails en tant de secondes autorisées».

La déconnexion serait-elle paradoxalement en train de devenir un leurre pour nous faire plus travailler? «Il y a des positions de bonne foi sur la déconnexion, comme celle qui consiste à veiller à ne pas créer de nouvelles heures supplémentaires aux travailleurs jugés d’astreinte à cause de la pollution de notifications de ces sites.» nuance Antonio Casilli. Mais les intentions d’un Google ne sont pas forcément du même acabit. En attirant l’attention sur cette question de l’hyper-connexion, Google ou Facebook trouvent aussi un bon sujet de préoccupation collective autour de la réglementation des technologies. Un sujet nettement moins fâcheux, par exemple, que celui des données personnelles qu’ils exploitent. Et un sujet qu’ils peuvent maîtriser, sur lequel ils peuvent imposer leurs normes et leurs discours. Avec ces nouvelles fonctionnalités de contrôle sur lesquelles Google a pleinement la main, le géant s’arroge ainsi le droit de devenir celui qui contrôle où et comment l’attention est répartie, tout en laissant l’impression à l’utilisateur de recouvrer sa liberté. Alors qu’il l’empêche un peu plus de partir.”

[Séminaire #ecnEHESS] Antonio Casilli : Intelligences artificielles et travail des plateformes (13 nov. 2017)

Enseignement ouvert aux auditeurs libres. Pour s’inscrire, merci de renseigner le formulaire.

Pour la première séance de l’édition 2017/18 de notre séminaire #ecnEHESS Étudier les cultures du numérique : approches théoriques et empiriques, je vais présenter mes travaux récents sur le lien entre digital labor, plateformisation et intelligence artificielle.

Le séminaire aura lieu le lundi 13 novembre, de 17 h à 20 h (salle M. & D. Lombard, 96 bd Raspail 75006 Paris).

Des intelligences pas si artificielles : plateformes, digital labor et la « tentation d’automatiser »

L’un des penseurs classiques de l’industrialisme, David Ricardo, consacrait à la question de la « destruction du travail » par les machines le chapitre 31 de ses Principes de l’économie politique. À ses yeux, l’utilisation de solutions technologiques n’était pas un destin inéluctable, aboutissant à la substitution complète des travailleurs, mais plutôt un choix humain, résultant d’une « tentation d’employer des machines » [temptation to employ machinery] qui habitait le capitaliste. Était-ce un véritable aménagement libidinal qui poussait ce dernier à préférer l’automation à d’autres méthodes pour recruter de la main-d’œuvre meilleur marché, telle la délocalisation ou la mise au travail des familles des ouvriers ?

Cette présentation interroge le parcours culturel et socio-économique qui, de cette vision, nous a conduit aux sombres présages actuels du « grand remplacement » des humains par les technologies intelligentes. Le débat contemporain est marqué par les prophéties dystopiques de la disparition de 47% des emplois à cause des solutions automatisées, ou par les fantasmes de la gouvernance algorithmique du travail. Ceux-ci représentent autant de discours d’accompagnement de l’essor des plateformes numériques dont les modèles d’affaires sont de plus en plus structurés autour de l’automation des processus métier.

Bien que dans le contexte politique présent retentissent les annonces du dépassement des catégories héritées de la culture du travail des siècles passés (emploi, protection, subordination, pénibilité), l’heure d’une civilisation « post-laboriste » n’a pas encore sonné. Le fait est que les activités productives ont tellement évolué que le travail est en manque de reconnaissance. Pour le voir à nouveau, nous devons faire appel à la catégorie du digital labor, qui nous permet d’analyser l’articulation complexe de consommateurs/producteurs, de tâcherons du clic, de faux-freelances organisés en chaînes mondiales de sous-traitance. La centralité de la notion de travail est alors réaffirmée, à condition de jeter un regard derrière les rideaux de l’automation, pour observer le recours généralisé de la part des plateformes à des modalités intensives de captation de la valeur à partir des micro-tâches réalisées par des êtres humains afin de – justement – entraîner les intelligences artificielles, enseigner aux algorithmes d’apprentissage automatique, faire circuler les véhicules autonomes.

Pagina99 (Italie, 16 juin 2017)

Nel quotidiano Pagina99, numero speciale del weekend 17 giugno 2017 “algoritmi e sorveglianza”, una lunga intervista rilasciata al giornalista Samuele Cafasso.

I nuovi schiavi degli algoritmi

Per costruire le macchine al servizio dell’uomo, i grandi gruppi del digitale impiegano una moltitudine di persone. Spesso in condizioni definibili come sfruttamento. L’intervista di pagina99 al sociologo Casilli.

  • SAMUELE CAFASSO

Prima di chiederci se l’intelligenza artificiale e i robot ci toglieranno il lavoro, dovremmo chiederci quanto e quale lavoro serve per costruire le intelligenze artificiali. Scopriremmo così un grande paradosso: per costruire le macchine al servizio dell’uomo, i grandi gruppi del digitale stanno usando una moltitudine di persone a servizio delle macchine, spesso facendole lavorare in condizioni definibili come sfruttamento. La tesi è di Antonio Casilli, professore associato al Paris Institute of Technology e ricercatore al Centro Edgar Morin, tra i più acuti studiosi europei dell’impatto delle tecnologie digitali sulle nostre strutture sociali. L’abbiamo intervistato in occasione del Jobless society forum organizzato a Milano dalla Fondazione Feltrinelli.

D. Casilli, di quale intelligenza artificiale stiamo parlando e perché, per essere realizzata, questa richiede lo sfruttamento dell’uomo?
R. I grandi gruppi digitali come Google, o Facebook, hanno la loro ragione d’essere nel costituirsi come piattaforme di servizi per i propri utenti. Sono anche un riferimento per le altre imprese, di cui inglobano e coordinano le attività. Per svolgere il loro compito ricorrono sempre più spesso a sistemi automatici di funzionamento. In pratica si tratta di software costruiti grazie al machine learning, sistemi di apprendimento automatico: ogni dato inserito permette alla macchina di raffinare il proprio funzionamento, di specializzarsi riducendo gli errori. Serve però una mole enorme di dati, e di buona qualità. Questi dati sono prodotti e raffinati da noi, esseri umani.

D. È il sistema che sta alla base dei traduttori online, o dei “risponditori” automatici come Siri, o Cortana. Ma per il machine learning non basta il lavoro non retribuito che eseguiamo noi come utenti attraverso la nostra navigazione, l’uso dei dispositivi, i like che inseriamo sui social network e altro ancora?
R. Questa raccolta di dati è importantissima. I big data a disposizione di Facebook con i suoi 1,8 miliardi di profili, o le centinaia di milioni di clienti di Amazon, sono alla base del processo di machine learning. Ma le grandi piattaforme, lo sappiamo per certo, non si limitano a raccogliere i dati in maniera passiva. Questi dati vanno rielaborati, sistematizzati, annotati. C’è troppo “rumore” perché siano utilizzabili così come sono. E qui entra in gioco il microlavoro umano.

D. Di quali compiti stiamo parlando, in concreto?
R. Stiamo parlando di compiti che, presi singolarmente, sono minimi. Facciamo qualche esempio: selezionare, tra otto foto che compaiono sullo schermo, quelle in cui compare un determinato elemento, ad esempio un lago o l’insegna di un negozio. Individuare in qualche secondo se un sito è “solo per adulti”. Correggere lo spelling nella trascrizione di testi, brevissimi, di appena qualche parola. E altro ancora. Microcompiti che vengono spesso appaltati attraverso le piattaforme di micro-lavoro per qualche centesimo l’una, a volte anche meno.

D. Quali aziende sono coinvolte?
R. Ogni grande gruppo può contare su piattaforme a questo in qualche modo collegate. La più nota di tutte è Mechanical Turk di Amazon, il cui nome già dice tutto. Il “turco meccanico” è il nome di un robot giocatore di scacchi sviluppato alla fine del 1700. Vestito appunto come un turco, in realtà celava al suo interno una persona. Il robot, insomma, si muoveva solo grazie all’uomo. Google utilizza una piattaforma che si chiama Ewoq, Microsoft ha Uhrs, Ibm ricorre a Mighty Ai, Apple utilizza per la geolocalizzazione Try Rating. E poi ci sono tante piattaforme di microlavoro generaliste.

D. Chi si fa carico di questi lavori?
R. Se guardiamo al mercato dei click, vediamo che i primi utilizzatori si trovano negli Stati Uniti, in Paesi europei come la Francia, o la Gran Bretagna, in Canada, Australia. Lì si concentrano le imprese che reclutano microlavoratori per allenare le intelligenze artificiali. Chi vende prestazioni invece si trova soprattutto in India, Pakistan, Filippine, Malesia, America Centrale. Spesso si tratta di persone che lavorano da casa, ma ci sono realtà molto più dure. Alcuni operano negli equivalenti digitali dei call center, in grandi stanze ingombre di computer, una a fianco all’altra, in condizioni precarie. Sono le click-farm, di cui si parla oramai da anni. Lo schema che aveva notato Naomi Klein alla fine degli anni Novanta con il libro No Logo, per cui la globalizzazione e la delocalizzazione delle imprese tendeva a riprodurre schemi di potere di tipo colonialista, oggi si ripropone. Questa volta a essere mobili non sono i capitali e la produzione delle merci, ma il mercato del lavoro. Anche quando queste persone si trovano nei Paesi occidentali, nel Nord globale, sono persone spesso ai margini. Il microlavoro ha tendenza a riprodurre forme di esclusione classiche. Le donne sono particolarmente toccate, o i portatori di handicap. In alcuni casi, forme di precarietà più estreme fanno di questa forza lavoro un vero e proprio “esercito industriale di riserva” composto di ex-detenuti, persone senza domicilio fisso, lavoratori recentemente immigrati con secoli di storia di sfruttamento alle loro spalle. Alcune piattaforme (diverse da quelle citate qui sopra e non direttamente riferibili ai grandi gruppi del digitale, ndr.) come Mobileworks si fanno un vanto di impiegare «comunità di sotto-occupati negli Stati Uniti e nel mondo». I programmi di lavoro nelle carceri americane oggi includono compiti come data entry, trascrizioni di testi, preparazione di documenti. Anche quando gli utenti di queste piattaforme sono formalmente liberi, alcune imprese (come Microsourcing nelle Filippine) mimano il linguaggio delle colonie penali, promettendo alle imprese occidentali che i loro microlavori saranno eseguiti da persone «virtualmente in cattività».

D. Quali responsabilità abbiamo come utenti delle piattaforme e come cittadini?
R.
Se pensiamo che i nostri comportamenti individuali possano in qualche modo influire su queste dinamiche facciamo un errore enorme. Non possiamo separare i mercati di lavoro tradizionali, presenziali, da quelli delle piattaforme di microlavoro. I conflitti e le tensioni tra lavoratori scatenati dalle delocalizzazioni e dalla mobilità internazionale di imprese e individui si riproducono online. Questo è un problema globale che richiede risposte globali. È il legislatore, nazionale e sovranazionale, che deve assecondare i movimenti di auto-organizzazione di lavoratori per riaffermare i loro diritti. Un ruolo importante possono averlo anche i sindacati tradizionali. Anche se qui in Europa hanno reputazione di essere in ritardo rispetto a queste evoluzioni tecnologiche, sono loro che conservano infrastrutture, saperi forti su come gestire il conflitto e il dialogo sociale, radici tra i lavoratori e capacità di rapportarsi con le aziende e il legislatore. Alcune realtà si stanno muovendo in questo senso, come la Cgt o Force Ouvrière in Francia, la Cgil in Italia, Ig Metall in Germania con il progetto Fair Crowd Work che permette di mettere in rete le esperienze dei lavoratori. È necessario che ci si muova in questa direzione».

Questo articolo è tratto dal nuovo numero di pagina99, “dalla Cina a Facebook – prove di controllo totale”, in edicola, digitale e abbonamento dal 16 al 22 giugno 2017.

Linkiesta (Italie, 2 juin 2017)

La giornalista Lidia Baratta pubblica sul sito di informazione Linkiesta una sintesi dettagliata del mio intervento al Jobless Society Forum della Fondazione Feltrinelli di Milano.

Siamo già nell’era del microlavoro (e non è una buona notizia)

Dietro assistenti virtuali, intelligenze artificiali e pagine Facebook da centinaia di migliaia di like si nascondono microlavoratori situati per lo più in Paesi emergenti e pagati anche 1 centesimo di dollaro per task. Casilli (ParisTech): “Siamo davanti a un vero mercato del lavoro a cottimo”

2 Giugno 2017 – 08:02

Trascrivere scontrini, riconoscere il cielo e le montagne in un’immagine, risolvere un captcha, scaricare un videogame. Se le tecnologie e le intelligenze artificiali non sostituiranno del tutto i lavoratori, di certo hanno già creato un mercato del lavoro parallelo fatto di “microlavoratori”. È quello che ha sostenuto Antonio Casilli, professore associato di Digital Humanities al Telecommunication College of the Paris Institute of Technology, nel suo intervento nel corso del Jobless Society Forum della Fondazione Feltrinelli a Milano. Operai digitali, delocalizzati per lo più tra India, Bangladesh e Nepal, vengono ingaggiati per realizzare davanti a un computer o allo schermo di uno smartphone micromansioni pagate anche un centesimo di dollaro per ogni “task”. Sono i lavoratori umani invisibili che alimentano e “allenano” le intelligenze artificiali, le app e gli assistenti virtuali di cui ci serviamo ogni giorno. Una nuova era digitale del lavoro a cottimo, che vale fino 400 milioni di dollari (il mercato dell’online outsourcing tra freelance e microworker vale in totale 4,8 miliardi di dollari, destinato a crescere – secondo la Banca mondiale – fino a 15-25 miliardi di ricavi entro il 2020).

Il ragionamento è semplice: se serve un sistema che identifichi automaticamente i cani nei video di YouTube, ci deve essere prima un umano che mostri all’intelligenza artificiale cos’è e che forma ha un cane, taggando milioni di foto di cani. Taggare milioni di foto di cani così diventa un lavoro. Le competenze richieste sono basse, la creatività pure, e il salario lo è ancora meno.

Gli stessi assistenti virtuali come Siri di Apple, Cortana di Microsoft o Alexa di Amazon sarebbero (ancora) più stupidi senza il lavoro umano che si nasconde dietro. Le intelligenze artificiali, insomma, non sono nate già così intelligenti. Così come i consigli azzeccati di Amazon sulle sneakers che potrebbero piacerci mentre compriamo un pantalone: dietro c’è un database “compilato a mano” da uomini che hanno memorizzato tipologie, marche, colori e anno di produzione di migliaia di altre sneakers.

Facebook, da parte sua, non ha mai nascosto la presenza di esseri umani dietro il suo assistente virtuale “M”. E anzi, l’ha trasformata in argomento di distinzione rispetto ai concorrenti. L’intelligenza artificiale di casa Zuckerberg risponde “in tandem” con gli umani, è controllata dagli umani e continuamente “alimentata” da loro attraverso la produzione di dati in modo da renderla più evoluta. Quando si fa una domanda, M lavora per capire cosa abbiamo chiesto e formula una risposta, ma prima aspetta l’ok dei “trainer” umani. Così quando parliamo con una chat bot non sappiamo mai se dietro c’è un software o una persona che si trova a San Francisco, Milano o Dhaka.

«L’effetto dell’intelligenza artificiale sul lavoro non è la grande sostituzione dei lavoratori con delle intelligenze artificiali, ma la sostituzione del lavoro formale con micro-lavoro precarizzato e invisibilizzato», spiega Antonio Casilli. «Nonostante si parli di micro-lavoro, siamo davanti a un vero mercato del lavoro e non a un fenomeno di nicchia, con veri e propri annunci di lavoro».

L’effetto dell’intelligenza artificiale sul lavoro non è la grande sostituzione dei lavoratori con delle intelligenze artificiali, ma la sostituzione del lavoro formale con micro-lavoro precarizzato e invisibilizzato

Antonio Casilli, Telecommunication College of the Paris Institute of Technology

Per avere un panorama delle offerte dei microlavori digitali offerti, basta andare su Amazon Mechanical Turk, la piattaforma creata da Amazon in cui aziende e sviluppatori comprano intelligenza umana per le loro applicazioni. Il nome stesso del sito nasce da “il turco”, un automa creato nel 18esimo secolo che avrebbe dovuto simulare un giocatore di scacchi ma che in realtà era manovrato da un giocatore umano all’interno. La metafora c’è tutta. Se un’azienda ha bisogno di trascrivere delle fatture, classificare immagini o inserire dati, si rivolge al lato umano di Amazon reclutando migliaia di microworker per realizzare altrettante microtask.

Ma quando si fa un giro tra gli annunci di lavoro del sito, il lato umano si vede un po’ meno. Per un centesimo di dollaro si chiede ad esempio di collezionare indirizzi email tramite i canali di YouTube e risolvere i relativi captcha. Per 5 centesimi la mansione richiesta è di scrivere cosa si vede nelle immagini di vecchie cartoline. Per la stessa paga si possono classificare alcune immagini. Ma ci sono anche i lavori offerti per zero centesimi, come la trascrizione delle cifre della console di un un tapis roulant.

Amazon

Gli annunci su Amazon Mechanical Turk

Taggare milioni di foto di cani diventa un lavoro. Le competenze richieste sono basse, la creatività pure, e il salario garantito lo è ancora meno. Nei Paesi in cui lo stipendio medio è di 20-30 dollari al mese, lavori a 1 centesimo di dollaro per task possono essere interessanti

Mecahnical Turk conta intorno ai 500mila utenti. Ma ci sono giganti come Upwork, che arrivano fino a 12 milioni di iscritti e 750 milioni di ricavi (nel 2013). Per una paga di 20 dollari, ad esempio, viene chiesto di trascrivere in un documento di testo il contenuto di 31 foto. In Cina, principale player nel mondo dei microlavori, domina Zhubajie, con 15 milioni di iscritti. Accanto alle ricerche di freelance per comporre il menù di un ristorante di ramen o il logo di un blog in giapponese, per un budget di 50 dollari viene chiesto di testare la qualità video e audio di alcune app da computer e smartphone, comunicando quante volte si blocca il video e quante volte salta l’audio. Gli altri nomi di piattaforme per freelance e microlavoratori sono Freelancer (22 milioni di iscritti), Taskcn (10 milioni), Crowdsource (8 milioni), Witmart (7 milioni), Care (6,6 milioni), Crowdflower (5 milioni), Epweike (oltre 3 milioni), Fiverr (3 milioni), 99designes (1,35 milioni), Microworkers (873mila) e Clickworker (800mila).

Mettendo insieme tutte le piattaforme, si superano i 100 milioni di lavoratori. Una fetta importante della forza lavoro. Che a fine mese si vede poi recapitare una microbustapaga con la lista di tutte le task realizzate e il compenso ottenuto. Secondo i calcoli della Banca mondiale, la maggior parte dei lavoratori di Amazon Mechanical Turk lavora 10-20 ore a settimana, guadagnando circa 80 dollari al mese. Le ore lavorate dipendono dal tipo di lavoro disponibile. Ma molti full time, in ogni caso, arrivano a 20-40 ore a settimana per uno stipendio di 200-750 dollari al mese. La paga media oraria è di 2-3 dollari. I lavoratori con più esperienza possono arrivare al massimo a 6-8 euro. Solo per le task più qualificate, dagli sviluppatori ai data scientist, si possono toccare i 3mila euro al mese. Ma i microlavori non richiedono alcun tipo di competenza specifica e anche il titolo di studio tra chi svolge queste mansioni è più basso rispetto ai classici freelance: il 38% ha una laurea contro il 75% dei freelance.

La domanda è: chi è disposto a lavorare per pochi centesimi a mansione? «Nei Paesi in cui lo stipendio medio è di 20-30 dollari al mese, lavori come questi possono essere interessanti», dice Casilli.

Upwork

Un’offerta su Upwork

Zhubajie

Un’offerta su Zhubajie

Ma Amazon non è l’unico gigante a essersi dotato di un mercato interno di microlavoro. Anche Microsoft ha la sua piattaforma di annunci: si chiama Uhrs. Per due centesimi di dollaro viene chiesto di decidere se una pagina web è per adulti o no, per sei centesimi se un tag è rilevante o no per la ricerca di una certa pagina. IBM ha creato invece MightyAI. Lo slogan è: “The tools you need to generate training data”. Le mansioni consistono nello stabilire in che lingua è scritto un certo testo o nell’identificare gli oggetti presenti nelle immagini. Tutto con uno scopo: allenare le intelligenze artificiali. Il digital labour, umano, è l’ingrediente segreto.

In alcuni casi, poi, il pagamento può essere in natura, ma digitale. È quello che fa ad esempio il colosso mCent, 30 milioni di utenti diffusi in 93 Paesi. La mansione in questo caso è provare e debuggare determinate app partner. In cambio si ricevono dati da consumare all’interno di altre app. Un modo per avere Internet gratis, insomma.

«Assistiamo a un vero processo di cottimizzazione del lavoro per task. Si viene pagati in quanto cliccatori di task», spiega Antonio Casilli. E il mercato non finisce qui. «Esiste poi l’enorme economia dei clic». Accanto ai social network è nata una vera e propria economia parallela con portali in cui si vendono clic a pagamento. E chi c’è dietro i clic? Ancora folle di microworker. «Chi si fa pagare per condividere e likare certe pagine è situato fisicamente in quelle che vengono chiamate “click farm”». O anche “like farm”. Fabbriche dei clic segretissime, dove gli operai digitali a turno cliccano su alcuni link o mettono mi piace ad alcune pagine Facebook. In Rete si trovano immagini e video di questi stanzoni pieni di computer o smartphone. Channel 4 è riuscita a entrare in una click farm di Dhaka, dove per 3 dollari si comprano mille like di Facebook. E i lavoratori giorno e notte cliccano sulla pagina di siti che non hanno scelto, con una paga di un millesimo di dollaro per clic. Lo scopo è manipolare le statistiche dei social media, collezionare quanti più accessi o condivisioni o far salire una app nei ranking di iTunes. Una frode, in teoria. «Ma ogni Paese nega la presenza delle click farm sul proprio territorio e dice che si trova in quello accanto», commenta Casilli.

Clickfarm

Una click farm in Cina

L’Oxford Internet Institute ha mappato il microlavoro nel mondo. I Paesi con la più alta concentrazione di microlavoratori sono Filippine, India, Bangladesh e Pakistan. E anche se si guarda al mercato dei clic, la distribuzione geografica è più o meno la stessa. I maggiori Paesi acquirenti sono Usa, Canada, Australia e gran Bretagna. I Paesi che li producono Pakistan, Filippine, Nepal, Hong Kong, India, Cina, Bangladesh. In alcuni casi si è anche riusciti a identificare la sorgente dei clic, con scoperte esilaranti. «Da una ricerca che abbiamo condotto, è venuto fuori che la maggior parte dei fan che hanno messo like alla pagina Facebook di Donald Trump viene da Filippine e… Messico», dice Casilli. «Se guardiamo la geografia di questi lavoratori, ci si rende conto che non sono sempre accanto a noi. Al contrario, la maggioranza dei microworker è situata in Paesi in via di sviluppo o Paesi emergenti». Dove sono allettanti anche paghe orarie che in Occidente non vengono prese in considerazione.

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La geografia del microlavoro (Source: Oxford Internet Institute)

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Chi compra e chi vende clic nel mondo (Source: Oxford Internet Institute)

Senza dimenticare che ognuno di noi, nel suo piccolo, è un microworker invisibile che lavora per allenare le intelligenze artificiali fornendo loro i dati di cui si cibano. Prendiamo Google Translate: se ci propone una traduzione che non ci piace, veniamo invitati a suggerire la nostra versione. Google registra la nostra traduzione e immagazzina. Così abbiamo lavorato per Mountaine View. Google Search, allo stesso modo, viene allenato dalle nostre ricerche a suggerire quelle più pertinenti.

Ma non sempre questo meccanismo fila liscio come l’olio. Nel caso di reCAPTCHA di Google, ad esempio, fino a qualche tempo fa per recuperare una password bisognava provare di non essere un robot trascrivendo le parole indicate. Parole che poi venivano a loro volta immagazzinate e usate per gli algoritmi di Google Books destinati al riconoscimento testuale dei libri. Lavoro gratuito, insomma. Tanto che Mountain View ha subito anche una class action per frode in Massachussets da parte di un gruppo di utilizzatori di reCaptcha, che volevano essere riconosciuti come lavoratori salariati. La seconda parola richiesta, dicevano gli avvocati, non è finalizzata alla sicurezza ma va solo a beneficio del business di Google che si avvantaggia del lavoro di trascrizione gratuito. Google intanto ha abbandonato il sistema, chiedendo un solo clic per identificarsi come umani. Ma intanto il giudice federale ha respinto la causa, sostenendo che l’eventuale danno non supera il vantaggio, poiché il lavoro di trascrizione gratuito aumenta la precisione di altri servizi gratuiti come Google Map e Google Books. Una sentenza che fa scuola. Siamo destinati a essere microlavoratori. Con la differenza che quello che i microworker in Bangladesh fanno per uno o due centesimi, noi lo facciamo gratuitamente. Buon lavoro.

Corriere della Sera (Italie, 29 mai 2017)

Ne La Nuvola del Lavoro, inserto online del Corriere della Sera consacrato alle evoluzioni dell’economia e dell’impiego, un resoconto dettagliato e ricco di una mia conversazione con la giornalista Barbara D’Amico.

Jobless Society/Non è vero che i robot ci ruberanno il lavoro

29 MAGGIO 2017 | di Barbara D’Amico

(Antonio Casilli, sociologo ed esperto di lavoro digitale)

(Antonio Casilli, esperto di lavoro digitale)

(di Barbara D’Amico)

E’ uno dei relatori di Altri lavori, altri lavoratori, titolo della seconda edizione del Jobless Society Forum (Milano, 30 maggio) – incontro pubblico di confronto internazionale sui temi della rivoluzione 4.0 e del futuro del lavoro – ma Antonio Casilli studia già da anni l’evoluzione di ciò che viene definito digital labour e che in genere si riassume in questa domanda: i robot e l’intelligenza artificiale ruberanno davvero il lavoro agli uomini?

«Sono un sociologo e studio soprattutto il lavoro e la trasformazione del lavoro portata dall’introduzione delle piattaforme digitali, quindi posso definirmi un sociologo del lavoro digitale», spiega a La Nuvola Casilli, italiano, classe 1972 ma professore associato di Digital Humanities presso il Telecommunication College of the Paris Institute of Technology (Télécom ParisTech).

Con una serie di pubblicazioni all’attivo sull’impatto della tecnologia sull’organizzazione del lavoro, Casilli presenta una posizione peculiare rispetto all’idea secondo cui l’intelligenza artificiale e i robot sono una minaccia per operai, freelance e impiegati (ne avevamo già parlato a ridosso della pubblicazione del Rapporto McKinsey sui lavori potenzialmente soppiantabili dall’intelligenza artificiale).

«Io non concordo con la linea secondo cui l’Intelligenza Artificiale (AI) farà perdere posti di lavoro – spiega – La robotizzazione non è un processo lineare ma una scelta manageriale: è chi decide in azienda che sceglie di rimpiazzare il lavoratore, non il robot che non può fare scelte. Il robot non è che una specie di pretesto che il capitalista delle piattaforme usa per sbarazzarsi del ‘lavoratore salariato’ e reclutarlo in un secondo momento come coworker». In questo modo però un lavoratore può svolgere più task, magari imparare qualcosa di nuovo? «Non direi, concordo certamente con quella corrente di pensiero che sostiene che la tecnologia trasformerà, come già avviene, le competenze; però sono meno ottimista di alcuni miei colleghi sulle vere competenze che saranno introdotte… Non basta dire che si impareranno nuove cose e che da qui a 50 anni avremo lavoratori migliori perché più allineati con il mercato digitale e il loro lavoro sarà meno abbrutente».

Secondo Casilli infatti, le competenze richieste ai nuovi lavoratori del digitale – i microworkers – sono in realtà più povere e meno creative di quanto non avvenisse in passato, specialmente per alcune tipologie di mestiere. Colpa di uno dei processi più evidenti messo in moto dall’introduzione di servizi digitali come quelli offerti da Google, Facebook, Amazon: e cioè quello che porta alla “dataificazione” e alla cottimizzazione dei mestieri.

«Pensi al postino che una volta consegnava solo lettere e oggi invece consegna e registra quelle consegne su un tablet – continua Casilli – Ecco, l’attività che svolge si tramuta in dato e la raccolta o l’inserimento dei dati diventa una task. Le task portano alla cottimizzazione, la trasformazione di mestieri complessi in lavoro a cottimo per cui si è pagati sulla base di una specifica task».

Uno dei casi più interessanti secondo il docente di Digital Humanities è quello creato da Amazon con la piattaforma Amazon Mechanical Turk  (letteralmente piattaforma del “Turco meccanico”, espressione che si riferisce a un finto automa del Diciottesimo secolo creato per giocare a scacchi ma che in realtà al suo interno era animato da un uomo in carne ed ossa). «Se lei è una impresa e vuole che qualcuno svolga per lei delle funzioni/task può andare sulla piattaforma di Amazon e reclutare o ingaggiare in unica soluzione anche 10 mila persone che realizzino delle microtask – spiega Casilli – Ad esempio rispondere a questionari, classificare delle immagini, inserire dati. Qui il principio del crowdsourcing è spinto all’estremo ma dimostra anche una cosa importantissima: che l’Intelligenza Artificiale così di default non funziona perché ha bisogno di imparare, di fare machine learning. E chi insegna all’AI ad essere intelligente per svolgere un lavoro? Le folle di microworkers».

Se i robot, o meglio l’insieme di codice e software che determina la produzione di una azienda, non sono in grado di scippare il lavoro all’uomo (e nonostante il tono allarmistico, persino il rapporto del World Economic Forum di gennaio 2016 in realtà mostra che il processo di “scippo” delle mansioni è più complesso e richiede massicci investimenti tecnologici), è indubbio che la digitalizzazione del lavoro stia comunque impoverendo competenze e salario di persone in carne e ossa.  Un problema a cui però ancora non è stata trovata soluzione.

«Più che di salario io credo che nell’era del digital labour sia più corretto parlare di reddito universale e reddito di cittadinanza. La struttura stessa del mercato del lavoro in un contesto di mercato digitale deve superare la logica salariare perché oggi il compenso purtroppo è legato alla task mentre dovrebbe essere legato al fatto stesso che il lavoratore è connesso alla piattaforma digitale: se la vera ricchezza su cui oggi contano Amazon, Google&Co sono i dati prodotti dagli utenti e se noi tutti produciamo dati allora tutti, in quanto prosumers, dovremmo accedere a un reddito universale».

Ma lei come finanzierebbe una misura simile? «Attraverso una fiscalità digitale commisurata alla produzione di valore delle piattaforme: se si tassassero le digital company sulla base della produzione dei dati potremmo redistribuire quella componente di ricchezza a vantaggio dei lavoratori digitali».

Oggi non sembra possibile difendere i microworkers e i sindacati faticano a trovare strumenti rappresentativi di questa fetta sempre più consistente di lavoratori. «Invece il sindacato è oggi più importante che mai a dispetto del fatto che non sia percepito come realtà capace di difendere le istanze delle fasce più esposte – precisa Casilli – Però, le posso dire? C’è una grande effervescenza sul tema del digital labour in ambito sindacale, soprattutto in Europa. In Germania e Svezia ad esempio. Nel 2016 è stata lanciata la Carta di Francoforte in cui i sindacati svedesi e tedeschi si chiedono quali saranno i diritti dei digital workers. Inoltre alcuni stanno creando piattaforme sindacali digitali: è il caso del sindacato dei metalmeccanici tedeschi che ha creato una piattaforma rivolta ai lavoratori digitali, quindi se lei lavora per Amazon o Uber si può iscrivere e segnalare anomalie, abusi ecc… Oppure altri sindacati in Francia hanno iniziato a pensare a forme di app per coordinare gli scioperi, parlare direttamente con gli operai».

E in Italia? «In Italia ci sono 40 anni di subordinazione e para-subordinazione nel mondo del lavoro da mettere sul piatto e l’idea che mi sono fatto è che spesso si diano una parte dei lavoratori di questo vecchio mondo per spacciati, ma appunto è un’idea sbagliata». Inoltre, in quest’ottica di trasformazione, avrà senso tra 30 anni parlare ancora di gerarchie nel mondo del lavoro? «La vera risposta è che le gerarchie si riconfigureranno in un asse back office e front office – conclude Casilli – Oggi la struttura gerarchica delle imprese classiche è quella rappresentata da direttori, quadri, esecutori… Invece le piattaforme digitali ci obbligano a rivedere gli organigrammi: ora conta l’API, l’interfaccia stessa della piattaforma».

Ovvero? «Tutto quello che accade al di qua dell’interfaccia  (le consegne dei cibo, il trasporto del passeggero, e via dicendo) è quello che fanno i microworkers, al di là invece ci sono decisioni prese da un software ma soprattutto decisioni manageriali. Meno struttura piramidale, quindi, e più struttura binaria. Ma al di là dell’organizzazione del lavoro quello che mi preme far passare è che in realtà il digital labour è molto materiale, molto più tangibile di quanto si creda. C’è stata una grande tradizione di ricerca italiana sul lavoro immateriale, ma le piattaforme invece ci mostrano che è tutt’altro che così: il lavoro digitale comporta anche problemi di salute, di sicurezza, aspetti che dobbiamo tenere in considerazione». Nessun allarmismo, dunque, ma un sano bagno di realtà che forse ridimensionerebbe i timori sul futuro del lavoro (e sui lavori del futuro) e non ci farebbe cogliere impreparati da una travolgente avanzata tecnologica.